Contre la paix du ménage

1393890-teacup.jpgLe manche du balai à la main, je regarde ma salle à manger rutilante, l'oeil satisfait. Le sol est impeccable et sent bon le savon de Marseille. La table a été nettoyée à fond, les meubles ont été débarassés de leur poussière, la vaisselle a été lavée et rangée. Après 3 heures de ménage intensif, je peux être fière de moi. C'est pile à ce moment-là que Clémence s'approche de moi et me demande de sa voix la plus douce : "Je peux faire un gâteau pour papy et mamie ?". Mon sourire s'évanouit subitement. Et je ne peux pas le lui refuser, je le lui avais promis. Je soupire et je sens une boule se former au fond de ma gorge. Je dois m'y résoudre. Je range mon nécessaire à ménage et sors ce qui va le détruire : farine, sucre, oeufs, yaourt nature et beurre. Je dépose le tout sur ma table toute propre et accroche un tablier à ma petite pâtissière en herbe qui en sautille de joie.

Je casse d'abord les oeufs dans le saladier. Clémence se saisit vigoureusement du fouet et entreprend de les battre avec fougue. Son énergie est telle que je suis obligée de rajouter un oeuf : il n'y en a plus assez dans le saladier. Je lui tends ensuite le yaourt avec une grosse cuillère. Là, elle s'applique à bien vider le pot, la tête penchée et la langue sortie sur le côté. Je sens bien que ça devient sérieux. Une fois terminé, le pot est désormais prêt à recevoir la farine. La manipulation consiste à le remplir et en verser le contenu dans le mélange oeufs-yaourt, trois fois de suite. Clémence commence. Elle se concentre et s'en sort plutôt bien la première fois. A la deuxième, le pot est à moitié rempli quand le pire survint : un éternuement ! La petite cuisinière disparaît dans un nuage blanc et compact. Je l'entends rire. Il faut bien que ça amuse quelqu'un ! Je regarde mon sol, ma table, ma fille et la boule coincée au fond de ma gorge fait des petits bonds. Après avoir essuyé ses lunettes d'un revers de manche, Clémence se saisit du paquet de sucre ... mal fermé. Une demi livre se répand sur le sol, dessinant sur le carrelage une magnifique voie lactée. "C'est pas graaaave !" déclame mon aînée. Les deux pots de sucre, ainsi que le beurre fondu, sont finalement intégrés à la pâte. Cette dernière, mélangée par mes soins ("C'est pas facile") est vite mise dans un moule puis au four. Durant cette opération, Clémence avait déjà sauté de sa chaise et prévu d'aller se laver seule les mains dans ma salle de bains impeccable. Des traces de pas blanches indiquent clairement la direction qu'elle a prise. La poignée de la porte est collante et l'eau s'écoule trop rapidement du robinet, giclant joyeusement sur ma fille extatique.

Je regarde ma salle à manger, l'oeil humide. Je ressors mon balai, mon seau, mes chiffons. Petite consolation : l'odeur acidulée du savon de Marseille s'allie harmonieusement à celle plus sucrée du beau gâteau qui gonfle dans le four.

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Commentaires (1)

Maman des Champs
  • 1. Maman des Champs (site web) | Sam 02 Mars 2013
J'ai vécu la même chose hier, avec une Belette qui a mangé du riz (elle refuse qu'on l'aide, à 12 mois c'est d'un pratique...) et qui en a mis autant par terre que dans sa bouche !
En fait ce n'est jamais le bon moment de passer l'aspi dans la cuisine, puisqu'à peine le sol propre c'est soit l'heure du goûter, soit le repas du midi, celui du soir, etc...

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