Les vacances

693675-pont-davignon.jpgLa neige commence à vraiment nous lasser. Nous réfléchissons deux minutes et la décision tombe : nous allons partir dans le Sud. Pas déménager, non, juste prendre quelques jours de nouvel air, sous un soleil radieux et une douce chaleur. Nous cherchons un gîte et notre choix s'arrête sur une annonce qui nous plaît en tout point : beauté des lieux et gentillesse des propriétaires (aux dires des nombreux commentaires élogieux laissés par des clients ravis). Les bagages sont faits, les enfants bien arnachés dans la voiture et nous voilà partis ! 5 heures de route ne nous effraient pas et nous les faisons d'une traite. 19h30, arrivée des voyageurs fatigués mais heureux. Une voix chaleureuse se fait entendre : celle de Christian, notre hôte. Très amical dès le début, il nous a tout de suite séduits par sa disponibilité et son sourire très accueillant. Nous nous sentons tout de suite chez nous dans ce petit gîte joliment décoré. Les filles investissent également leur chambre en sautant sur les lits et en éparpillant un peu partout les poupées, livres et autres jouets. Christian sourit devant ce débordement de vie enfantine et après les petites recommandations d'usage, nous laisse à notre plaisir d'être enfin en vacances. Afin d'en profiter encore plus, nous douchons et nourrissons les filles au pas de course puis nous les couchons sans plus de cérémonie. Enfin tranquilles ! Nous allons pouvoir nous vautrer dans le canapé, enlacés et profiter des formidables programmes télévisuels d'un jeudi soir. Le néant s'affiche sur l'écran mais on s'en contentera. La nuit a été chaotique : un mari malade qui tousse, se lève, a chaud puis froid, tandis que les filles font la java dans la chambre d'à-côté. Le réveil a été bien douloureux à 8 heures. C'est la jambe traînante et l'oeil encore bouffi que je suis allée lever les demoiselles qui s'impatientaient à grands cris. J'installe Valentine dans la chaise haute et m'apprête à lui préparer son biberon ... Quel biberon ? Celui que j'ai oublié sur la table de la cuisine...à la maison ! Ca commence bien. Le petit qui lui sert à boire de l'eau ira très bien, à condition que je fasse trois services. Eh oui, difficile de faire rentrer ses 330ml habituels dans 120. Clémence, quant à elle, se réjouit de boire son lait dans un bol Hello Kitty. Après le petit déjeuner, direction le grand jardin, pendant que le papa récupère de sa nuit. En sortant, Christian se présente et nous demande comment s'est passée la nuit. Je n'allais pas lui mentir, ma mine m'aurait trahie. Apprenant que Jérôme est malade, il s'est proposé d'appeler son médecin. Rendez-vous est alors pris au lendemain matin et en attendant, mon mari doit prendre un cocktail d'ibuprofène et de paracétamol...que nous n'avons pas. Christian m'annonce que comme il doit descendre en ville, il prendra les médicaments nécessaires. J'accepte volontiers, touchée par tant de solidarité.

Grâce aux bons soins de Christian, Jérôme se remet assez vite sur pieds et nous pouvons alors profiter des trésors de la région : les Dentelles de Montmirail, Avignon, et tous ces endroits typiques et pittoresques qui dépaysent instantanément. Dimanche était notre dernier jour de vacances et nous avons jeté notre dévolu sur Fontaine de Vaucluse. Le mistral s'était levé la veille et il nous gilfait de son souffle glacé. Les nuages étaient dispersés et nous pouvions profiter d'un grand soleil. La petite promenade nous a ouvert l'appétit et nous décidons de déjeuner dans une pizzeria de la ville. Clémence est installée sur un réhausseur et Valentine dans une chaise haute, en face de sa soeur. Commence alors l'attente. Difficile de contenir des enfants affamés et impatients. Au bout de vingt minutes, je demande une carte à une serveuse à l'air égaré. Dix minutes plus tard, je lève timidement un doigt pour qu'elle vienne prendre ma commande. "Et avec la pizza pour votre fille, ce sera des frites, des pâtes ou des légumes ?" Tiens, c'est original cette conception d'un menu pour enfants. "Bah, euuuuh, des légumes !" L'attente reprend. Pour tuer le temps, mes filles ont trouvé une astuce : défaire la table. Elles s'échinent alors à mettre en boule la sur-nappe, qui en protège une autre, jaune, assez vilaine. Après quinze minutes de ce jeu fort amusant, la serveuse revient vers moi et me demande :

"Il y a un problème avec la nappe ?" - Non, pourquoi ? - Ben alors, pourquoi vous cherchez à l'enlever ?"

Silence, je la regarde en espérant que ce soit une plaisanterie. Mais son air inquiet m'indique que non, elle est très sérieuse.

"Mais enfin, vous voyez que ce sont mes filles qui jouent avec !" - Ah oui...mais faut faire attention, faut pas tacher la nappe d'en-dessous ! - Promis, on va faire très attention, ça serait dommage de l'abîmer, elle est si belle !"

Les plats arrivent enfin sur une table en fouillis. Le pain a déjà été mangé partiellement (quelques boulettes traînent deci-delà), tous les verres se sont retrouvés vers nous, les parents, et la fameuse sur-nappe était maintenant toute chiffonnée. Les pizzas sont énormes et celle de Clémence est accompagnée de frites. Bizarres leurs légumes...Je ne dis rien, je n'ai pas envie d'attendre encore une demi-heure. Jérôme regarde de travers derrière moi, là où se trouve le bar. Une femme à la mine sombre nous observe, tout en essuyant des verres. Elle semble visiblement inquiète sur l'état dans lequel on va bien pouvoir laisser son restaurant en partant. Il faut dire que les filles ont mis le paquet, sous l'oeil complice et attendri de nos voisins de table. Valentine ne cesse de frapper un petit bol en inox avec sa cuillère, tout en jetant à terre tout ce qui lui passe sous la main. Clémence, quant à elle, manifeste son désir de ne plus manger en recrachant sur la table ce qu'elle avait dans la bouche. Toute la bonne éducation que j'essaie de leur inculquer au quotidien vient de s'envoler comme par magie.

Les cafés arrivent. Clémence, en voulant montrer à son papa un gros bobo sur le doigt, renverse une des tasses qui se déverse sur la table. La serveuse arrive à petits pas et crie à la patronne : " Nan, c'est bon, c'est que de l'eau !" Je pouffe. Jérôme, non. Il lui tarde de sortir de cet enfer tandis que moi, je m'en amuse. La note salée atténue un peu ma gaieté et achève Jérôme.

Ce petit épisode, dont je m'amuse vraiment aujourd'hui, n'a pas été le reflet de nos vacances avec nos enfants, qui se sont montrés plutôt sages dans l'ensemble. Mais franchement, ce qui nous a fait le plus de bien, c'est l'accueil de Christian, son extraordinaire gentillesse et la sensation rare d'avoir fait la connaissance d'une personne d'exception.

Pour lui rendre une petite visite, c'est par ici et par là.

écrivain nègre biographe écriture doubs enfants

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