Une vie simple

Lettre à mon meilleur ami

California 210913 960 720Lorsque j'ai croisé ton regard, j'ai tout de suite su que nous nous entendrions très bien. Tu avais la mine réjouie et le visage encore poupin de tes jeunes années. J'étais jeune aussi, un peu fou. Toi aussi. Ca tombait plutôt bien.

 

Nous sommes devenus très vite inséparables. Nous allions partout ensemble, jamais l'un sans l'autre. D'ailleurs, nous étions devenus "Tom et Jeff", comme une unité et non plus comme deux individus : sport, sorties ... Y a qu'à ton boulot que je te laissais tranquille ! Je ne voulais pas devenir envahissant non plus. Nous partions en vacances ensemble. Que de souvenirs ! La partie de pêche est sans doute le plus mémorable !

 

Nous étions toujours là l'un pour l'autre. Je revois l'inquiétude dans tes yeux lorsque cette voiture m'a renversé. Je ressens encore toute la tendresse et les attentions que tu as eues à mon égard à ce moment-là. Et à l'inverse, tu as pu compter sur moi quand tu as perdu ton job. J'ai répondu présent à tes appels de détresse, tu savais que j'allais accourir dès que tu claquerais des doigts. Et je ne m'en plains pas, j'étais heureux d'être ta bouée de sauvetage et de te voir retrouver la joie de vivre au fur et à mesure de nos journées passées ensemble.

 

Il y avait les filles aussi. Ca ne marchait pas trop mal pour nous deux ! Nous avions notre petit succès, chacun de notre côté. Tu me demandais mon avis parfois, tu étais touchant. On ne s'engageait jamais, c'était uniquement pour un soir. Ca nous allait bien comme ça.

 

Puis, il y a eu LA fille... Sonia ... Tu en étais fou amoureux, je ne t'avais jamais vu comme ça. Tu m'a mis un peu de côté mais j'ai bien compris pourquoi, je ne t'en ai pas voulu. Seulement, elle t'a brisé le coeur. J'en ai souffert autant que toi. J'ai partagé ta douleur, essuyé tes larmes et au final, je crois bien que je t'ai rendu le sourire. En tout cas, ça nous a rapprochés davantage. Toi, moi, c'était pour la vie !

 

Enfin ça, c'est que je croyais. Les années ont passé, tu as grandi, j'ai vieilli. Je ne pensais pas que mon âge, mes articulations douloureuses, le fait que je ne puisse plus en faire autant qu'avant aient autant d'incidence. Mais apparemment, ça a pris le pas sur tout le reste. Nathalie, ta femme, n'arrêtait pas de souffler en ma présence, ne supportait même plus que je l'approche. Pas besoin d'en dire davantage, j'avais compris que je devenais gênant. Tu as tenté de me défendre, énergiquement d'abord, puis de plus en plus mollement. Elle a gagné ...

 

Tu as pris ta décision et je me dis que tu as la mémoire aussi courte que cette laisse qui me tient attaché à cet arbre, sur le bord de l'autoroute et sous un soleil de plomb. Je regarde s'éloigner ta voiture et je comprends que c'est la dernière fois que je te verrai. J'ai entendu dire que les chiens ne pleuraient pas. A l'extérieur, c'est sans doute vrai. Mais à l'intérieur de moi, c'est un cataclysme.

 

Je scrute le rétroviseur aussi longtemps que je le peux, dans l'attente d'un miracle qui ne se produira pas. Tu n'as même pas un regard pour moi.

 

Pas un.

Amour à mort

alone-867275-m.jpgAssise à terre, contre le mur, elle tient sa tête entre ses mains et ses genoux sont repliés sur sa poitrine. Elle ne pleure pas. Elle ne pleure plus depuis longtemps de toute façon. Sa tête lui fait mal. Bien plus que ses bras ou son ventre. Elle entend ses pas aller et venir dans la pièce, c'est assourdissant. Elle veut le silence, le calme. Elle veut qu'il lui foute la paix, une bonne fois pour toutes.


Pourtant, au début, ce n'était pas vraiment comme ça. Au début, il était gentil avec elle. Doux et tendre même. Il l'a vite protégée et l'a installée chez lui au bout d'une semaine.Ca tombait plutôt bien, elle n'avait nulle part où aller. Pour la protéger toujours, il lui a dit que ce n'était pas la peine qu'elle travaille, il pouvait tout assumer. Alors, elle restait à la maison, à l'attendre. C'était bien, elle était tranquille. Il faisait les courses, elle n'avait même pas besoin de sortir. Elle pouvait rester à la maison, au chaud. Elle appelait sa maman et le peu d'amies qui lui restait. En revanche, elle n'avait pas le droit de les voir. Oh, elle a bien essayé une fois ! Mais à son retour, il l'a giflé en la traitant de pute et de traînée. C'est vrai qu'elle ne l'avait pas prévenu. C'était sous le coup de l'inquiétude, comment lui en vouloir ? Suite à ça, il a changé un peu. Les insultes devenaient quotidiennes mais après tout, on lui a toujours dit qu'elle était une moins-que-rien, une ratée. Elle ne récoltait que ce qu'elle méritait. Elle a bien essayé de se défendre mais quand il est en colère, sa main part vite et claque fort. Alors, elle le laissait dire. Les rares fois où elle sortait, il l'appelait chaque minute pour savoir où elle était et avec qui. Il scrutait sa tenue, toujours pour sa sécurité, et s'énervait vite si c'était trop décolleté ou trop moulant. Il ne voulait pas qu'il lui arrive quoi que ce soit ou qu'elle fasse de mauvaises rencontres. Et puis, un soir, les simples gifles n'ont plus suffi. Il rentrait de réunion entre collègues et sentait fort l'alcool, plus que d'habitude. Ses affaires allaient mal, il se savait sur la sellette. Il avait besoin de se défouler. Elle était là. Un seul mot a suffi à déchaîner sa colère. Il a regretté après. Il lui a dit à quel point il l'aimait et tenait à elle. Il lui a promis que ça ne recommencerait jamais et qu'il changerait. Elle l'a cru et lui a pardonné.

Mais ça a recommencé, de plus en plus souvent, de plus en plus fort. Mais il était tellement malheureux, s'en voulait tellement s'être laissé emporter, qu'elle ne pouvait que s'attendrir, le comprendre et lui pardonner, encore et toujours. Il l'aimait, il allait changer. Il le lui a promis !

Elle presse un peu plus ses paumes sur son front. Ses doigts commencent à coller et le sang se fige sous son menton. Ses cheveux laissent échapper dans son dos un long filet rougeâtre. Il y est allé très fort aujourd'hui. Elle l'a mérité aussi ! Elle est sortie sans l'avertir, et en jupe en plus ! Elle voulait le provoquer. Elle ne sait plus très bien pourquoi maintenant mais ça n'a plus d'importance. Elle avait juste compris qu'il ne changerait jamais. Elle voulait en être sûre. La réponse est sans équivoque.

Son souffle devient court. L'étau qui comprime sa poitrine se resserre. Le bruit qui l'entoure s'étouffe. Elle a froid.

Avant de sombrer, elle sent une petite main se poser sur son épaule et un murmure lui caresser l'oreille : "Maman...Ne m'abandonne pas."

8 ans

8-ans-1.jpgAssis sur ton banc d'étudiant, tu semblais perdu. Visiblement étranger dans un univers qui n'était pas le tien, le regard porté vers l'ailleurs. Tu avais des rêves plein la tête mais des soucis comprimaient ton coeur. Je te sentais fragile, je te savais sensible. J'ai tout de suite compris que ce serait Toi.

Les années se sont écoulées, douces-amères, teintées de regrets et d'attente. Aux yeux de tous, tu étais mon meilleur ami, mon confident. Mais au fond de moi, tu étais bien plus que ça. Je papillonnais à droite, à gauche, tentant de t'effacer de mon coeur mais tu refusais de laisser ta place à quelqu'un d'autre. Vainement, j'essayai de me raisonner, persuadée que jamais je ne trouverai grâce à tes yeux. Tu étais ma peine perdue, ma cause désespérée. Le simple son de ta voix suffisait à me faire fondre, le fait de te voir enflammait ma passion déjà dévorante. C'était un supplice exquis, une adorable torture.

Puis, j'ai dû partir, te laissant dans les bras d'une autre. J'avais aussi ma vie à construire. Un long silence de trois mois a suivi mon échappée. Je ne t'oubliais pas, je n'y arrivais pas. Je pensais avoir trouvé celui qui arriverait à t'évincer mais de toute évidence, je m'étais encore trompée. Mon couple s'étiolait, petit à petit. Et ton image ne me quittait pas.

Un petit message envoyé, un autre reçu...et ma vie bascula. Tu étais célibataire ! Mon coeur, jusque-là endormi, se réveilla en sursaut. Tu n'avais pas le droit de me faire ça ! Non non non ! Tu étais une bien trop grande tentation et, de toute façon, je n'étais pas faite pour toi. J'ai ravalé ma fierté et mes larmes et j'ai voulu t'aider. T'aider à aller mieux déjà, te faire reprendre confiance en toi. Chaque fois que tu me parlais de rencontres, je me brisais en mille morceaux mais t'encourageais à retrouver quelqu'un. Te rendre inaccessible, tel était mon but.

Cela a duré plusieurs mois. De très longs mois durant lesquels mon couple s'épuisait. Je me raccrochais à l'espoir fou que nous puissions vivre quelque chose tous les deux. Mais je me traitais de folle et essayais de sauver ce qui pouvait encore être sauvé.

Un jour pourtant, il fallut que ça cesse. Je devais savoir. Je devais avancer. Je voulais t'entendre me dire que je n'avais aucun espoir, que je n'étais qu'une très bonne amie mais que jamais rien d'autre ne serait entre nous. J'avais ce besoin infini de cesser d'y croire. Cela durait depuis 8 ans, c'était bien trop long. Nos discussions étaient souvent virtuelles et c'est face à mon écran d'ordinateur que j'allais jouer mon destin.

Nous avons commencé par des banalités. Tu venais de fêter ton anniversaire en famille. Je venais, une fois de plus, de me disputer avec mon compagnon. Puis, j'ai pris mon courage à deux mains et t'ai demandé ce que tu ressentais pour moi. Tu m'as alors répondu qu'il existait plusieurs formes d'amour sur terre et que, d'un certain sens, tu m'aimais. Ta réponse m'a refroidie et ma gorge s'est nouée. Mais notre discussion a continué, sur le mode badin. Je t'ai alors annoncé mon intention de revenir chez moi, c'est-à-dire proche de toi. Tu ne m'as pas caché ta joie et m'a alors assuré de tes nombreuses visites. "Pourquoi viendrais-tu souvent me voir ?" "Parce que c'est toi !" "Oui, mais pourquoi ?" "Tu veux que je te le répète ?" "Oui" "Parce que JE T'AIME". Je me suis sentie exploser :  8 ans ! 8 ans que j'attendais ces mots ! 8 ans d'amour mêlé à la renonciation ! Mes larmes ont jailli, je riais et sanglotais à la fois. Le bonheur inouï de cet instant me faisait suffoquer. J'ai lu une centaine de fois ces incroyables mots que tu venais enfin de m'écrire avec la même émotion. Je venais de jouer mon destin et j'avais gagné !

Depuis, les années s'écoulent, douces et tendres à la fois. La vie avec toi n'est pas telle que je l'avais imaginée : elle est mille fois mieux. Tu as réalisé tous mes rêves, assouvi toutes mes envies. Tu as fait de moi une femme que je n'osais espérer devenir un jour. Je suis une maman heureuse et épanouie, une épouse comblée et fière de son mari.

Cela fait maintenant près de 14 ans que je t'aime. 14 ans ...Quand je sais ce qui nous attend, 14 ans, c'est vraiment rien du tout !

Dialogue avec mon conseiller

nastol-com-ua-662-1.jpgPersonnages :

-          M.R. : demandeuse d’emploi

-          H. C. : conseiller Pôle Emploi, spécialisé dans les auto-entreprises

 

Situation : Juin 2013, un bureau Pôle Emploi. H.C. pianote sur son clavier d’ordinateur. M.R. entre.

 

H.C : Bonjour Mme Rousselet. Asseyez-vous, je vous en prie.

M.R. : Bonjour Mr C. (Elle s’assoit en face du conseiller)

H.C. : Qu’est-ce qui vous amène ?

M.R. : Je viens voir avec vous les modalités de déclarations des revenus d’une auto-entreprise.

H. C. : Très bien. Vous venez de créer votre entreprise ?

M.R. : Ah non, elle existe depuis plus de deux ans ! Elle a vu le jour en mars 2011.

H.C. : Ah ! (Silence.)

M.R. : Il y a un souci ?

H.C. : Eh bien oui…A partir du moment où la société est créée, vous recevez un complément de revenus sur 15 mois. Autrement dit…(Silence. Il pianote sur son clavier d’ordinateur) vos droits s’arrêtent en juin 2012.

MR : C’est une blague ??

H.C. : Eh bien non, c’est la loi !

M.R. (agacée) : Attendez, on va tout reprendre depuis le début ! J’ai effectivement créé ma société en mars 2011. Mais je me suis inscrite à Pôle Emploi en septembre 2011 et vous avez commencé à m’indemniser en février 2012.Juste ?

H.C. (pianotant nerveusement sur son clavier) : Oui, en effet…

M.R. (se contenant) : Donc, les 15 mois ont logiquement démarré en février 2012, ce qui induit que mes droits se sont arrêtés…ce mois-ci !

H.C. : Je ne suis pas certain…Faudra que je vérifie…

M.R. : Oui, vérifiez ! Autre chose : depuis que je suis inscrite, j’ai rencontré deux conseillers différents et ai suivi un bilan de compétences. A chaque fois que je posais la question, on me répondait que j’avais ce complément de revenus uniquement quand ma société dégageait des bénéfices.

H.C : Ah non ! Ca, c’est faux !

MR : C’est gentil de me le dire maintenant !! D’après eux, j’avais des droits jusqu’en mars 2014, ce qui, dans ma petite tête, me semblait bien suffisant pour faire fonctionner ma société ou changer mon fusil d’épaule le cas contraire. Là, d’après ce que vous me dites, je n’ai plus droit à rien ?

H.C. (regarde son écran) : Ah si ! Il vous reste 332 jours d’indemnités de chômage.

M.R. : Alors, pourquoi me dites-vous que je suis en fin de droits ?

H.C. : Vous ne pouvez plus prétendre au complément de revenus. Autrement dit, tant que votre société existe, vous ne pourrez plus rien toucher. Et c’est pareil si jamais vous travaillez à temps partiel et que vous touchez moins de 80% de votre salaire de référence. Vous devez retravailler 4 mois complets pour retrouver ce droit.

M.R. : Mais si jamais j’arrête mon activité et que je ne travaille pas du tout ?

H.C : Eh bien, vous retrouvez vos indemnités de chômage là où vous les avez laissés.

M.R (en colère). : Mais c’est complètement absurde !! Je suis là, aujourd’hui, devant vous, pour que vous m’aidiez à développer ma société. Je me suis basée sur ce qu’on m’a dit depuis que je suis inscrite et ai établi un plan d’action à partir de tout ça. Et là, vous m’apprenez que tout le monde s’est planté, que je suis en fin de droits, voire pire, que je vous devrais une année d’indemnités ! Et que  si je veux retrouver rapidement un revenu, je dois tout arrêter et revenir en arrière ?? Je dois retourner dans un système que j’exècre, arrêter toute activité à temps partiel sinon, je perds énormément d’argent !! Je ne peux pas travailler à temps plein ! Mes filles ne sont pas encore scolarisées, je fais en sorte de trouver une solution pour m’en sortir et travailler à ma façon ! Mais pour ça, j’avais besoin de vous et j’ai commis l’erreur de croire bêtement ce qu’on me claironne depuis près de 2 ans ! A cause de l’incompétence de vos collègues, je me retrouve dans la merde !! Je dois tout abandonner, tout laisser tomber alors que j’ai encore des droits ?? Mais dans quelle société vivons-nous ???

H.C. (interloqué) : Je comprends très bien votre position madame, je…

M.R. (le coupant) : Vous comprenez ?? Alors, aidez-moi !! Trouvez une solution pour que l’honorable mère de famille que je suis arrive à atteindre son objectif ! Réparez les bêtises de vos collègues ! Faites en sorte que je n’ai pas de Pôle Emploi la détestable idée que cela incite les gens à ne rien foutre !!

H.C. : Je sais que c’est absurde mais là, je ne peux vraiment rien faire pour vous.

M.R. : C’est inimaginable ! Et après, on s’étonne qu’il y ait autant de chômeurs …

(Silence)

M.R. (bouillonnant) : Face à tout ça, vous feriez quoi à ma place ??

(Silence)

M.R. : Merci Monsieur C.

(Noir)



« Les personnages et les situations de ce récit étant purement réels, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que voulue. »

Juliette

Little angel 1207570 m

Je sais bien que c'est insensé

Mais comment ne pas y penser ?

Tu as vécu en moi

Pendant près de trois mois

Tu as dû t'envoler auprès des anges

Pour t'éviter de cruelles souffrances.

La maladie t'a arrachée à notre amour

Mais dans nos cieux, tu brilleras toujours.

Mon ventre, vide et creux désormais,

Aimerait refaire ce nid dans lequel tu dormais

Pour un petit frère, pour une petite soeur

Qui se tiendra là, au fond de nos coeurs

Juste à côté de toi ma Juliette chérie.

Je sais bien que c'est insensé

Mais comment ne pas y penser ?

L'envie de redevenir maman

Est encore plus forte qu'avant

Ce besoin de donner la vie

En moi hurle et grandit.

Personne ne te remplacera jamais !

Tu seras pour toujours notre bébé

Notre force et notre faiblesse

Notre troisième petite princesse

Notre éternelle étoile filante

Je sais bien que c'est insensé

Mais comment ne pas y penser ?

La trentaine florissante

1305615-happy-birthday.jpgLa trentaine est arrivée, sournoise et implacable, et elle s'est jetée sur moi et mon pauvre corps qui ne s'en remet toujours pas. Voici le top10 des effets propres à la trentaine, qui ne manqueront pas, jeune vingtenaire, de t'agresser dans quelques années (ou mois, pour les plus vieilles vingtenaires). Message exclusivement féminin, la version masculine ne saurait tarder !

N°10 : tu ne bois plus de café après 16h parce-que tu crains que cela ne t'empêche de dormir. Tu lui préfères une petite tisane, vu que le thé t'énerve aussi.

N°9 : tu ne fais plus de grasse matinée, sinon tu as mal à la tête toute la journée. Tu te coucheras à 20h30 le soir suivant.

N°8 : tu ne fais plus non plus de soirées allant au-delà des 2h du matin vu que de toute façon, tu ne fais plus de grasse mat' et que tu t'interdis le café après 16h. Quoi qu'il en soit, tu mettras une semaine à t'en remettre.

N°7 : dans ton sac, tu n'oublies pas de prendre des Spasfon, des doliprane et des citrate de bétaïne

N°6 : le mot "bébé" te met en transe !

N°5 : on t'offre des échantillons de crème antirides à la pharmacie

N°4 : un jeune bien élevé s'est levé pour te laisser sa place dans le bus en lançant un désagréable : "asseyez-vous madame"

N°3 : tu salues ta mère le matin dans la salle de bains avant de prendre conscience qu'il s'agit de ton propre reflet dans le miroir

N°2 : le bon vieux slip en coton remporte toutes tes faveurs

N°1 : tu n'as jamais été aussi épanouie sexuellement

Et vous ? Vous la vivez bien votre trentaine ?

Contre la paix du ménage

1393890-teacup.jpgLe manche du balai à la main, je regarde ma salle à manger rutilante, l'oeil satisfait. Le sol est impeccable et sent bon le savon de Marseille. La table a été nettoyée à fond, les meubles ont été débarassés de leur poussière, la vaisselle a été lavée et rangée. Après 3 heures de ménage intensif, je peux être fière de moi. C'est pile à ce moment-là que Clémence s'approche de moi et me demande de sa voix la plus douce : "Je peux faire un gâteau pour papy et mamie ?". Mon sourire s'évanouit subitement. Et je ne peux pas le lui refuser, je le lui avais promis. Je soupire et je sens une boule se former au fond de ma gorge. Je dois m'y résoudre. Je range mon nécessaire à ménage et sors ce qui va le détruire : farine, sucre, oeufs, yaourt nature et beurre. Je dépose le tout sur ma table toute propre et accroche un tablier à ma petite pâtissière en herbe qui en sautille de joie.

Je casse d'abord les oeufs dans le saladier. Clémence se saisit vigoureusement du fouet et entreprend de les battre avec fougue. Son énergie est telle que je suis obligée de rajouter un oeuf : il n'y en a plus assez dans le saladier. Je lui tends ensuite le yaourt avec une grosse cuillère. Là, elle s'applique à bien vider le pot, la tête penchée et la langue sortie sur le côté. Je sens bien que ça devient sérieux. Une fois terminé, le pot est désormais prêt à recevoir la farine. La manipulation consiste à le remplir et en verser le contenu dans le mélange oeufs-yaourt, trois fois de suite. Clémence commence. Elle se concentre et s'en sort plutôt bien la première fois. A la deuxième, le pot est à moitié rempli quand le pire survint : un éternuement ! La petite cuisinière disparaît dans un nuage blanc et compact. Je l'entends rire. Il faut bien que ça amuse quelqu'un ! Je regarde mon sol, ma table, ma fille et la boule coincée au fond de ma gorge fait des petits bonds. Après avoir essuyé ses lunettes d'un revers de manche, Clémence se saisit du paquet de sucre ... mal fermé. Une demi livre se répand sur le sol, dessinant sur le carrelage une magnifique voie lactée. "C'est pas graaaave !" déclame mon aînée. Les deux pots de sucre, ainsi que le beurre fondu, sont finalement intégrés à la pâte. Cette dernière, mélangée par mes soins ("C'est pas facile") est vite mise dans un moule puis au four. Durant cette opération, Clémence avait déjà sauté de sa chaise et prévu d'aller se laver seule les mains dans ma salle de bains impeccable. Des traces de pas blanches indiquent clairement la direction qu'elle a prise. La poignée de la porte est collante et l'eau s'écoule trop rapidement du robinet, giclant joyeusement sur ma fille extatique.

Je regarde ma salle à manger, l'oeil humide. Je ressors mon balai, mon seau, mes chiffons. Petite consolation : l'odeur acidulée du savon de Marseille s'allie harmonieusement à celle plus sucrée du beau gâteau qui gonfle dans le four.

Tu me manques

1208800-queens.jpgAssise au bout de ta table, tu te plaisais à regarder du coin de l'oeil les jeux télévisés qui passaient en boucle et grommeler au passage d'une miss météo qui te déplaîsait au plus haut point. Tu avais le verbe haut, souvent fleuri, toujours juste. Tu nous racontais en riant des anecdotes de ta vie passée. Nous riions de bon coeur en t'entendant nous parler de tes chaussons oubliés dans le four quand tu voulais juste les réchauffer, de tes maladresses répétées et de ta vie de comédienne bohème. Tu nous entretenais sur les choses de la vie sans gêne ni fioriture. Tes yeux pétillaient de malice quand tu arrivais à nous faire rougir. Bien souvent, dans ton petit appartement si chaleureux, régnait une odeur appétissante : reine des crapés aux pommes, déesse de la blanquette de veau, impératrice du rôti de porc...tu nous as fait découvrir les véritables saveurs des plats traditionaux. Après un copieux repas, tu essayais de nous battre au jeu. Avec toi, je ne jouais qu'au rami. Ta mauvaise foi était attendrissante et j'aimais te faire perdre uniquement pour te faire enrager et t'entendre ronchonner : "C'est d'la merde ton jeu !". Durant ces parties, nous échangions sur nos vies. Je te racontais mes péripéties amoureuses, tu me parlais de tes amants et de tes aventures fantasques. Ton passé faisait écho avec mon présent. Nous n'étions pas si différentes finalement.

Chez toi, c'était la maison du bonheur. Jamais tu n'y étais seule tant ta compagnie était précieuse. Des voisins, des amis, de la famille...nous aimions tous venir passer quelques instants avec toi. Des personnes comme toi, on les croit éternelles, elles ne peuvent pas disparaître. Et pourtant...

Tu nous as abandonnés le 20 octobre 2008, laissant derrière toi un vide immense et des coeurs inconsolables. Tu as longuement et courageusement combattu une maladie qui te rongeait le corps. Mais elle a gagné et t'a emportée loin de notre amour. Où que tu sois désormais, je sais que tu continues à veiller sur nous. Je sens ta présence à mes côtés et tu m'insuffles chaque jour une force et une énergie remarquables. On me dit souvent que ma plus jeune fille te ressemble : j'en suis très fière. Puisse-t-elle posséder ta générosité et ta gentillesse. Mamie, Mémé, Mère-Grand, tels étaient les surnoms que je te donnais. D'autres t'appelaient Suzanne, Sussu ou encore  maman.

Tu me manques. Je t'aime.