Rupture(s)

  • Par styl-o
  • Le Sam 12 Sept 2015
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679 min"Sophie, Sophie, Sophiiiiiiiiiiiiie !!"

 

Paolo venait de faire irruption en trombe dans le bureau de Sophie, tenant dans sa main ce qui semblait être une photographie.

 

"Arrête Paolo, gronda Sophie en essuyant sur son chemisier le café qu'elle venait de renverser sous l'effet de la suprise. J'aime pas quand tu fais ta folle. C'est bon, tout le monde sait que tu es gay !

- Mais c'est hyper important !

- Bon, quoi donc ?" Demanda la jolie blonde avec un sourire. Elle avait l'habitude des extravagances de son meilleur ami, qui s'enflammait souvent pour rien.

"D'abord, tu dois bien me confirmer que c'est fini-fini avec Bertrand.

- Je te le confirme, il m'a larguée la semaine dernière pour une pétasse. Pourquoi ?

- Je sais qui est la pétasse...

- Grand bien te fasse ! Ca ne me regarde plus.

- Je crois bien que si...

- Je la connais ?

- Oui...et pas qu'un peu !

- C'est qui ? ... Non, attends, laisse-moi deviner...Mmmh ... C'est cette pouf de Sandrine ?! Je suis sûre que c'est elle, elle n'arrêtait pas de me parler de lui !

- Non, c'est pas Sandrine ...

- Sarah ! C'est Sarah !! Une vraie nympho celle-là !

- Non plus...

- C'est toi ? Demanda-t-elle avec un sourire taquin.

- Tu sais bien que je n'aime pas les bruns !

- Bon, alors, je donne ma langue au chat. Dis-moi !

- Je préfère te montrer parce que je pense que tu ne me croiras jamais sinon. J'ai pris la photo hier, au parc Micaud. J'en revenais pas ! Tu me promets de ne pas t'énerver ?

- Oui, promis ! Allez, montre qu'on rigole un peu. Je suis sûre qu'elle louche, qu'elle pue et qu'elle a le nez de travers !"

Il tendit la photographie à la jeune femme qui s'en empara aussitôt. Un long silence s'installa tandis que ses yeux s'écarquillaient. Elle venait de reconnaître la chevelure flamboyante de Valérie. Sa bouche s'ouvrit mais aucun son ne sortit. Puis, au bout d'un long silence, elle finit par articuler :

"Ne me dis pas que c'est...

- Oui, c'est elle.

- Nooooooooon !! hurla Sophie en bondissant de sa chaise. Oooooh, la salope, la radasse !! Elle a osé !! Je savais qu'elle n'avait pas beaucoup de scrupules mais de là à me faire ça !

- Calme-toi voyons. Tu ne peux quand même pas dire ça. Et puis, vous étiez séparés, ils ont tout à fait le droit d'être ensemble.

- Et tu y crois au tissu d'âneries que tu es en train de me débiter ? Tu ne m'as pas montré cette photo pour rien, tu savais ce que ça allait me faire ! Evidemment non, ils n'ont pas le droit. Elle, surtout, n'a pas le droit. Pas après ce que j'ai fait pour elle. Pas pour ce qu'elle est pour moi, malgré tout."

Sophie saisit sa veste au vol et sortit de son bureau en claquant la porte. Paolo lui emboîta le pas.

"Tu vas où ?

- A ton avis ?

- Tu ne vas quand même pas aller péter ton scandale à son boulot ?

- Je vais me gêner !"

Sophie accéléra. Sa respiration saccadée trahissait sa violente colère. Elle n'allait pas se laisser faire. Pas là. Pas encore.

 

Elle entra avec fracas dans la boulangerie tenue par Valérie. Elle minaudait avec le dernier client, comme à son 'habitude. Cela ne fit qu'augmenter la fureur de Sophie qui, par courtoisie, attendit toutefois que le client fut parti. Lorsqu'ils se retrouvèrent seuls, Valérie quitta son comptoir et s'approcha les bras grands ouverts en couinant :

"Sophie, ma chérie ! Je suis tellement heureuse de te re...

- La ferme !"

Valérie s'arrêta net.

"Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?"

Pour toute réponse, Sophie tendit la photo la représentant embrassant fougueusement Bertrand. Les joues de la boulangère s'empourprèrent.

"Je peux tout t'expliquer..., bafouilla-t-elle.

- M'expliquer ? M'expliquer quoi ? Qu'encore une fois, tu as agi comme une garce ? Que ton but ultime est de m'humilier ? C'est ça ??

- Mais ...

- Me piquer mon mec...Tu n'as aucune honte ! Aucun scrupule ! Comment fas-tu pour te regarder dans le miroir chaque matin ? Franchement, t'es fière de la pauvre fille que tu es devenue ?

- Tu veux bien te taire ??

- Oh non, je suis restée silencieuse trop longtemps !J'en ai marre de me soumettre à toutes tes volontés ! Je ne suis qu'un pauvre objet que tu manipules à l'envi pour satisfaire ton ego surdimensionné. Tu n'as jamais supporté l'idée que je puisse te surpasser, dans quelque domaine que ce soit. Tu veux toujours faire mieux, ou plus que moi. Et pour ça, tu n'hésites pas à m'écraser, à m'enfoncer plus bas que terre.

-Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes ? Je t'aime, tu le sais bien. Et je t'ai toujours protégée, et pris soin de toi...

- Quoi ?? Tu me protégeais quand tu étais bourrée à dix heures du matin et que je devais nettoyer ton vomi dans ton lit ? Tu me protégeais quand tu ramenais des potes dans un état pire que le tien qui me trouvaient à leur goût ? Tu me protégeais quand tu faisais ton possible pour ruiner mes relations ? Et c'est de l'amour que de vouloir en permanence pourrir ma vie ? C'est de l'amour de me dire tous les jours que je ne sers à rien, que je suis juste bonne à éponger la merde des autres ? Parce que ça, tu te souviens bien me l'avoir balancé à la tronche en public ! Et là, tu me protèges en te tapant mon ex ? Tu m'écoeures. Je te savais mauvaise, mais pas à ce point.

- Tu n'as pas le droit de me parler comme ça !

- Je vais me gêner ! Il serait temps que tu saches ce que je pense de toi depuis toutes ces années ! Tu es l'archétype de ce que je déteste le plus : lâche, vicieuse, sournoise. Ca te plaît de me faire souffrir, hein ? Tu as toujours aimé ça, derrière tes airs de Sainte Nitouche. Insoupçonnable la Valérie ! Et cette pauvre Sophie, quelle hystérique ! Ben tu sais quoi ? C'est fini tout ça. Je te laisse dans ta vie misérable et je vais enfin vivre la mienne, libre de toi et de ton esprit pervers. Je ne regrette qu'une chose : ne pas l'avoir fait plus tôt."

Sophie tremblait mais ne lâchait pas du regard une Valérie blême.

 

"Et tu sais pourquoi il est venu vers moi, après t'avoir lâchée ? Parce qu'il a tout de suite senti que je prendrai bien soin de lui et qu'il aurait tout l'amour dont il aurait besoin. Ce n'est pas avec toi, frigide et égoïste, qu'il aurait été heureux. Tu n'as pas de coeur, tu ne penses qu'à ta gueule et aujourd'hui, tu viens te plaindre et te faire passer pour une victime ? Mais regarde ta vie avant de venir baver sur la mienne. En attendant, moi j'ai un mec et on est heureux ensemble !"

 

Sophie se retourna vivement, le bras levé, avec la ferme intention de la faire taire, une bonne fois pour toutes. Paolo arrêta immédiatement son geste.

 

"Non, Sophie, laisse tomber. Elle n'en vaut pas la peine."

 

La jeune femme baissa son poing et toisa Valérie avec tout le mépris et le dégoût qu'elle lui inspirait depuis toutes ces années. Elle s'approcha d'elle et lui souffla dans l'oreille :

 

"J'ai vraiment honte d'être ta fille."

 

Puis elle tourna les talons, pour ne plus jamais revenir.

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