Première rentrée

  • Par styl-o
  • Le Mer 02 Sept 2015
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Ecole lire livre cahier education images photos gratuites 1560x1040Le chemin qui menait à l'école demandait précisément 4 minutes et 37 secondes de marche. Il le sait bien, il l'a fait des dizaines de fois et son chronomètre ne mentait pas. Il appuyait sur le bouton de départ et l'arrêtait à l'arrivée. Puis, il tendait sa montre à sa mère qui lui donnait le temps exact.

Il l'avait tellement attendu ce jour ! Son sac était prêt depuis longtemps. Il y avait mis ses chaussons et un petit gobelet à son nom. Doudou Chat atterrit également dans le petit cartable.

"C'est bon mon Joris, tu es prêt ?" Maman l'inspecta sous toutes les coutures et parut satisfaite du résultat. Elle aussi était impatiente que son grand garçon puisse enfin entamer sa scolarité. C'était un jour important pour toute la famille. Papa avait pris sa matinée afin de l'accompagner dans sa nouvelle classe. Il était aussi excité que son fils, sans doute pour camoufler ses appréhensions toutes paternelles.

"Tu as bien tes chaussons ? Où sont tes lunettes ? Et Doudou Chat ? Tu ne l'oublieras pas, hein ? Et tu seras bien poli avec ta maîtresse ! C'est génial, tu vas te faire plein de copains !

- Arrête de le stresser, le sermonna maman. Tu es pire que lui !

- Oui, pardon...Et ton gobelet ? Il est où ton gobelet ??

- Mais là papa ! Répondit le blondinet en tendant son sac ouvert. On y va ?

- Tu prends Chucky ?"

En entendant son nom, l'animal se frotta contre les jambes de son jeune maître.

"Apparemment, il veut aussi m'accompagner, sourit l'enfant. Allez, viens mon chien."

Chucky fit un bond de joie puis se posa aux pieds de Joris, comme à son habitude. Le petit garçon enfila son blouson puis mit son sac à dos sur les épaules.

"C'est parti ! S'exclama-t-il.

- Remonte tes lunettes, elles tombent. Faut vraiment qu'on les fasse régler, elles n'arrêtent pas de glisser de ton nez."

Joris s'exécuta.

La porte d'entrée s'ouvrit sur un grand courant d'air frais, annonciateur d'un automne précoce. Le garçonnet tenait fermement la main de sa maman tandis que le papa suivait avec Chucky. Il connaissait le chemin par coeur et n'en revenait pas de le prendre enfin "pour de bon". Les fleurs, qui avaient parfumé l'air durant les chaudes journées des vacances n'embaumaient plus autant. Les oiseaux, d'ordinaire volubiles, étaient moins bavards. L'été n'avait pas résisté aux assauts de septembre et la brume matinale les enveloppait d'une fraîche humidité.

4 minutes et 52 secondes plus tard (Chucky avait eu une envie pressante), la petite troupe s'arrêtait devant les grilles de l'école.

Les cris des enfants emplissaient la cour restée vide tout l'été. L'atmosphère n'était pas la même que lors de ses promenades estivales. L'école grouillait d'élèves de tous les âges, l'agitation régnait en maître.

Joris serra un peu plus la main de sa maman. Son excitation se mua progressivement en peur. Et si, finalement, il n'y arrivait pas ? Et si les enfants le rejetaient ? Il n'était pas si mal à la maison en fin de compte. Maman s'occupait bien de lui, il n'avait à craindre personne. Il connaissait parfaitement la maison alors que là, il allait devoir découvrir chaque recoin de l'établissement, en déceler tous les pièges. Il ne serait pas seul, il le savait bien, mais malgré tout, cette situation inédite le rendait mal à l'aise. Il renifla.

"Ca va aller mon bonhomme, lui murmura son papa d'une voix mal assurée. Tu es un grand garçon courageux. J'ai confiance en toi.

- Moi aussi j'ai confiance en toi. Tu es mon guerrier, mon chevalier sans peur et sans reproche."

Joris sourit à ses mots. Jouer au chevalier était son activité favorite. Maman prenait le rôle de la damoiselle en détresse et le Chevalier Joris devait la délivrer d'un dragon féroce, cracheur de feu. Il le terrassait à chaque fois. Cette perspective d'être à nouveau ce héros ragaillardit le jeune écolier.

"Bonjour. Tu es nouveau ! Je m'appelle Camille, et toi ?"

Joris fut surpris de l'arrivée de cette petite voix cristaline.

"Euuuh...Joris, bredouilla-t-il.

- Tu es en quelle classe ?

- CP.

- Chouette, moi aussi ! Viens, je t'emmène voir les copains.

- Attends Camille, s'inquiéta maman. Joris n'est pas comme les autres petits garçons. Il...

- Oui, je vois bien, la coupa la petite fille. Et alors ?"

Elle prit la main du petit garçon dont le visage s'illumina d'un sourire radieux.

"Viens, je serai ton guide."

 

Les deux parents regardèrent leur petit garçon s'éloigner avec une aisance déconcertante. Quelques enfants se groupèrent autour de lui puis une phrase, innocente et admirative, surgit :

 

"Mais tu dois être drôlement fortiche à colin-maillard !"

 

Joris éclata de rire. Puis il remonta sur son nez, ses lunettes aux verres sombres.

 

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