Nouvelles bottes

  • Par styl-o
  • Le Sam 06 Juin 2015
  • Commentaires (0)

Red rubber boots 1068805 mElisa venait d'enfiler ses nouvelles bottes. Elles étaient bien jolies, toutes rouges. Elles faisaient un drôle de bruit quand elle marchait. Sa maman lui avait mis son imperméable. Elle était prête !

La porte du jardin s'ouvrit et Elisa s'élança jusqu'au muret du fond. Elles couraient drôlement vite ces nouvelles bottes ! La petite fille s'arrêta devant un champignon, qui avait dû pousser dans la nuit puisqu'hier, il n'était pas là. Ou alors, il était tombé du sac d'un petit lutin qui avait traversé son jardin pour rejoindre ses amis, de l'autre côté du muret, chez sa copine Clémence. Oui, c'était sûrement ça. Et si elle essayait de le retrouver ?

La fillette se mit à genoux dans la terre détrempée à la recherche de traces de pieds minuscules. Difficile de voir à travers ces épaisses touffes d'herbe. Elle se pencha un peu plus encore et écarta délicatement les brins. Rien ici...Allons voir plus loin. Ah ! Ici, une trace ! Le coeur de la petite fille s'emballa. Toujours à quatre pattes, elle arpenta le jardin à la poursuite de son petit lutin. Elle espérait le dénicher derrière une fleur ou au détour d'un pissenlit. Mais il demeurait insaisissable ce petit filou. Alors, elle s'assit au pied du grand chêne, lassée de ne rien trouver.

Ooh, la belle fleur rouge ! Elle la cueillit immédiatement et froissa ses pétales entre ses doigts. C'était tout doux. Elle renifla son coeur : ça sentait bon.

Tant pis pour le petit lutin, il était l'heure de faire un peu de balançoire. Elle s'approcha du portique et prit place sur le siège incurvé. Un peu d'eau de pluie y stagnait, vite balayée par les petites mains potelées de l'enfant. Ses jambes montèrent bien haut dans le ciel. La balançoire se mit en mouvement et instantanément, Elisa eut cette formidable sensation de voler. Elle rit aux éclats en sentant les fines gouttes de pluie lui caresser le visage. Le vent faisait s'envoler ses boucles blondes.

Soudain, elle l'aperçut. Elle en était sûre : c'était bien un petit chapeau pointu qui courait, là-bas, vers le potager. Il va voler des carottes ! Vite, il faut le rattraper ! Elle arrêta la balançoire et se précipita vers les plants de légumes. Trop tard, il avait filé. La fillette soupira. Il était bien trop rapide pour elle

Son regard fouilla les alentours et ce qu'elle découvrit la mit en joie : une flaque ! Une immense flaque d'eau n'attendait que ses nouvelles petites bottes. Elle sauta à pieds joints dedans en poussant des petits cris de joie.

 

Derrière la fenêtre du salon, Sonia la regardait, un triste sourire sur le visage. D'ordinaire, elle aurait vite grondé sa fille pour l'état dans lequel elle avait mis sa tenue. Elle l'aurait arrêtée avant même qu'elle ne fouille le jardin à la recherche de son petit lutin. Elle ne supportait pas la moindre tache sur les habits, n'aimait pas que sa fille se roule par terre et ne se tienne pas convenablement. Elle avait du mal à saisir cet univers enfantin, n'ayant jamis eu vraiment le droit de l'explorer. Elle devait toujours bien se tenir, ne pas rire trop fort, ne pas parler pour ne rien dire. Alors, il lui paraissait naturel d'élever sa propre fille de la même façon.

Mais aujourd'hui, elle la laissait faire, prenant pour elle une part de son bonheur enfantin. Elle le dégustait comme une liqueur : doux, sucré et enivrant. Elle remuait machinalement un café qui était froid depuis longtemps. Son téléphone était posée sur la table à côté d'elle. Elle venait de raccrocher. C'était son père. Sa mère ne passerait plus aucun Noël avec eux.

 

Elle posa sa tasse et courut dans son placard prendre une paire de bottes. Elles n'avaient encore jamais servi car Sonia craignait de ne pas s'y sentir bien. On les lui avait offertes il y avait bien longtemps mais elle trouvait qu'elles ne lui convenaient pas du tout. Il était temps qu'elles sortent un peu.

 

Sonia les enfila et rejoignit Elisa dans la flaque. Elle sauta vivement dedans, arrosant au passage sa fillette hilare et étonnée de voir sa mère s'amuser ainsi.

 

"Elles sont belles tes bottes maman.

- Oui, je les aime bien aussi. Je me sens à l'aise dedans finalement."

 

Elle embrassa sa fille avec tendresse et, regardant par dessus son épaule, elle s'écria :

"Là-bas, regarde ! Un chapeau pointu !"

 

Et elle s'élança vers le jardin, suivie par des boucles blondes au rire cristallin.

CV faire-part lettre motivation biographe administratif doubs Pontarlier écrivain public

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau