Liberté chérie

  • Par styl-o
  • Le Lun 09 Oct 2017
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Fence 2163951 960 720En fait, ça commence très tôt, dès l'enfance. On t'inculque des règles de bonne conduite et de politesse. On te dicte ta façon de faire et de penser pour que tu deviennes un adulte responsable et réfléchi. Tu te soumets à des horaires : pour dormir, pour manger, pour aller à l'école, pour faire tes devoirs (eh oui, ces devoirs qui te grignotent encore un peu plus de ton temps libre ...), pour prendre ta douche. Il te reste encore un peu de temps pour jouer mais même là, tu as des règles à respecter, des jeux interdits qui, pour la plupart, ne sont pas dangereux mais qui entravent la quiétude des adultes qui s'occupent de toi. Mais à part ça, tu es libre de faire ce que tu veux ! Je ne te parlerai pas des habits qu'on t'oblige à porter quand toi tu ne rêves que de robes à paillettes ou de costume de super-héros. Je ne te parlerai pas bien évidemment pas des choix alimentaires que l'on t'impose pour ta santé soi-disant ! Ils ne correspondent pas si souvent à tes désirs ...

Puis, tu grandis. Tu deviens un adolescent, souvent rebelle face à ces diktats que tu ne comprends pas. Finalement, c'est sans doute l'âge le plus intelligent, celui durant lequel tu prends conscience que l'on n'a pas à dicter tes moindres faits et gestes et que si l'envie te prenait de te balader dehors en kilt et chemise à fleurs, cheveux teints en bleu et rose, personne ne t'en empêcherait ! Tes parents se seraient insurgés, auraient crié au scandale mais toi, tu n'en fais qu'à ta tête ... jusqu'à ce jour délicat où le besoin de décrocher un emploi se fait ressentir.

C'est là que tout bascule à nouveau. Tu vas devoir te plier à de nouvelles règles, te présenter sous ton meilleur jour, c'est à dire le cheveu propre et bien lissé et le style vestimentaire bien soigné. Tu vas décrocher un premier job, plus ou moins plaisant selon ta chance et tes relations. Pourquoi ? Pour être libre pardi ! Te libérer du joug parental ! Pouvoir te trouver un logement que tu loueras à un tarif exorbitant, pour lequel tu paieras des taxes et des redevances, des assurances, de l'énergie, des meubles, de l'électroménager, de la hi-fi ... Tu pourras y cuisiner ce qui te fait plaisir, en voilà un sacré avantage ! Mais vu tes maigres ressources, ça va vite tourner aux pâtes et patates, avec une tranche de jambon les jours de fête.

Mais tu t'en moques, tu es libre !

Libre de faire un crédit pour te payer ta première voiture, qui va te coûter une blinde en assurances, essence et autres réparations. Tu pensais pouvoir partir en vacances grâce à elle mais elle te mangera encore un peu plus de ton salaire minable des premières années de ta vie professionnelle.

Pas grave, puisque tu es libre !

Libre de succomber aux sirènes d'un consumérisme échevelé, qui te rend ce dernier smartphone indispensable à ta vie toute neuve de libertés. Ce smartphone sur lequel ton boss ne manquera pas de te contacter en dehors de tes horaires de travail imposés pour te proposer un nouveau dossier, exaltant ! Tu es libre d'accepter ou de refuser. Mais ton refus risque d'avoir des conséquences. Tandis que ton acceptation n'en aura aucune ! Cependant, tu es libre de choisir.

Pour aller travailler à bord de ta petite voiture à crédit, tu portes ton plus joli costume. Parce que tout libre que tu sois, tu ne peux quand même pas te pointer au bureau avec ton jogging pilou-pilou que tu as porté tout le week-end avec un bonheur délectable. Mais tu as le choix de la couleur : gris ou noir. Petit veinard !

Tu composes avec les bouchons, pour ne pas arriver en retard parce qu'il y a des heures de bureau à respecter à tout prix. Mais tu es libre d'emprunter la route que tu veux finalement.

Si tu as de la chance, tu rencontreras l'amour de ta vie. Tu es libre de le choisir mais attention toutefois à ce qu'il soit de sexe différent et qu'il corresponde aux attentes de ta famille. Sinon, c'est le rejet assuré !

Formidable, te voilà en couple ! Vous trouvez un nid d'amour un peu plus grand, un peu plus cher et vous aurez la gentillesse de bien vouloir faire des enfants, sinon, vous êtes des fieffés égoïstes et ça, la société n'aime pas. Elle n'aime pas non plus quand vous en faites trop : deux, c'est parfait, de préférence là encore de sexe différent. Un seul, c'est l'assurance de le rendre malheureux et à partir de trois, il est évident que vous les faites pour les allocations.

Si tu continues à travailler cependant, cela fera de toi un mauvais parent (et je parle surtout des mères !) qui abandonne sa progéniture au profit d'un sentiment purement égoïste d'émancipation sociale. Si tu souhaites t'arrêter, comprends bien que tu vis aux crochets de la société et que par conséquent, te voilà catégorisé "cas social" ou "cassos" pour les plus intimes. Mais tu es parfaitement libre de choisir !

Sein ou biberon, éducation stricte ou plus laxiste, cododo ou dans sa chambre, ... Tu en as des choix à faire qui, de toute façon, seront critiqués ! Et tu créeras une nouvelle génération de futurs adultes responsables et réfléchis qui, pensant répondre à un naturel besoin de liberté, devront se plier à des règles absurdes et annihilantes pour rentrer dans un moule qu'ils n'ont pas choisi.

Alors certes, nous ne vivons pas sous l'emprise d'une dictature clairement affichée. Elle est plus sournoise, plus silencieuse mais très efficace. Mais d'après nos dirigeants et autres banquiers, nous vivons dans un pays libre !

Ah, elle est belle la liberté.

Et tellement illusoire !

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