Lettre à mon meilleur ami

  • Par styl-o
  • Le Lun 19 Juin 2017
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California 210913 960 720Lorsque j'ai croisé ton regard, j'ai tout de suite su que nous nous entendrions très bien. Tu avais la mine réjouie et le visage encore poupin de tes jeunes années. J'étais jeune aussi, un peu fou. Toi aussi. Ca tombait plutôt bien.

 

Nous sommes devenus très vite inséparables. Nous allions partout ensemble, jamais l'un sans l'autre. D'ailleurs, nous étions devenus "Tom et Jeff", comme une unité et non plus comme deux individus : sport, sorties ... Y a qu'à ton boulot que je te laissais tranquille ! Je ne voulais pas devenir envahissant non plus. Nous partions en vacances ensemble. Que de souvenirs ! La partie de pêche est sans doute le plus mémorable !

 

Nous étions toujours là l'un pour l'autre. Je revois l'inquiétude dans tes yeux lorsque cette voiture m'a renversé. Je ressens encore toute la tendresse et les attentions que tu as eues à mon égard à ce moment-là. Et à l'inverse, tu as pu compter sur moi quand tu as perdu ton job. J'ai répondu présent à tes appels de détresse, tu savais que j'allais accourir dès que tu claquerais des doigts. Et je ne m'en plains pas, j'étais heureux d'être ta bouée de sauvetage et de te voir retrouver la joie de vivre au fur et à mesure de nos journées passées ensemble.

 

Il y avait les filles aussi. Ca ne marchait pas trop mal pour nous deux ! Nous avions notre petit succès, chacun de notre côté. Tu me demandais mon avis parfois, tu étais touchant. On ne s'engageait jamais, c'était uniquement pour un soir. Ca nous allait bien comme ça.

 

Puis, il y a eu LA fille... Sonia ... Tu en étais fou amoureux, je ne t'avais jamais vu comme ça. Tu m'a mis un peu de côté mais j'ai bien compris pourquoi, je ne t'en ai pas voulu. Seulement, elle t'a brisé le coeur. J'en ai souffert autant que toi. J'ai partagé ta douleur, essuyé tes larmes et au final, je crois bien que je t'ai rendu le sourire. En tout cas, ça nous a rapprochés davantage. Toi, moi, c'était pour la vie !

 

Enfin ça, c'est que je croyais. Les années ont passé, tu as grandi, j'ai vieilli. Je ne pensais pas que mon âge, mes articulations douloureuses, le fait que je ne puisse plus en faire autant qu'avant aient autant d'incidence. Mais apparemment, ça a pris le pas sur tout le reste. Nathalie, ta femme, n'arrêtait pas de souffler en ma présence, ne supportait même plus que je l'approche. Pas besoin d'en dire davantage, j'avais compris que je devenais gênant. Tu as tenté de me défendre, énergiquement d'abord, puis de plus en plus mollement. Elle a gagné ...

 

Tu as pris ta décision et je me dis que tu as la mémoire aussi courte que cette laisse qui me tient attaché à cet arbre, sur le bord de l'autoroute et sous un soleil de plomb. Je regarde s'éloigner ta voiture et je comprends que c'est la dernière fois que je te verrai. J'ai entendu dire que les chiens ne pleuraient pas. A l'extérieur, c'est sans doute vrai. Mais à l'intérieur de moi, c'est un cataclysme.

 

Je scrute le rétroviseur aussi longtemps que je le peux, dans l'attente d'un miracle qui ne se produira pas. Tu n'as même pas un regard pour moi.

 

Pas un.

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