Larmes muettes

  • Par styl-o
  • Le Jeu 15 Oct 2015
  • Commentaires (4)

95a508 0eb394b2c425c8a832d005abf07649c1Cela fait trois fois que je recommence ce texte. Trois fois que les mots ne viennent pas, ou viennent trop. Trois fois que mes mains tremblent en tapant ces quelques lignes, trois fois que mes yeux deviennent torrents parce-que la blessure est toujours à vif.

 

J'aurais voulu vous parler de la joie que j'avais ressentie à la vue du test positif.

 

J'aurais voulu vous parler de mon ventre qui s'arrondissait, des cabrioles que mon bébé faisait déjà, preuve de la vie qui poussait en moi.

 

J'aurais voulu vous parler de l'excitation qui nous gagnait juste avant la première échographie qui allait nous montrer notre petit bébé et, peut-être, nous dire s'il allait s'appeler Juliette ou Louis.

 

Ca, j'aurais pu.

 

J'aurais voulu vous parler de ce monde qui s'effondre quand le gynéco a secoué la tête, en nous disant que ce bébé n'était pas en forme.

 

J'aurais voulu vous parler de ces oedèmes qui déformaient le corps si fragile de notre enfant.

 

J'aurais voulu vous parler de cet espoir infime qui nous faisait croire que ça pouvait s'arranger.

 

J'aurais voulu vous parler de cette journée du 24 juin durant laquelle j'ai donné naissance à ma minuscule petite Juliette, sans toutefois lui donner la vie.

 

J'aurais voulu vous parler de ce cri de douleur d'un papa qui venait de découvrir et perdre sa fille en même temps.

 

Ca, j'aurais pu.

 

J'aurais voulu vous parler de ces soirs où j'embrasse tendrement mes enfants en me disant qu'il manque un lit à border.

 

J'aurais voulu vous parler de ces instants où, seule, j'adresse des paroles muettes et volantes à ma troisième fille.

 

J'aurais voulu vous parler du manque qui se creuse tous les jours un peu plus dans mon coeur meurtri.

 

J'aurais voulu vous parler de cet amour puissant qui ne se dit pas, qui se cache derrière les convenances.

 

J'aurais voulu vous parler de ces pensées qui me la font imaginer semblable à ses soeurs, petite blondinette aux grands yeux noirs et au rire espiègle.

 

Mais ça, je ne peux pas.

 

Alors, je panse cette plaie tous les jours en espérant qu'elle cesse enfin de saigner. Et je dissimule derrière un sourire de façade toutes ces larmes qui ont désormais l'élégance de ne couler qu'à l'intérieur.

IMG deuil périnatal

Commentaires (4)

nathalie
  • 1. nathalie | Jeu 15 Oct 2015
magnifique texte est si bien dit j'ai vécu la même chose après 14 ans la plaie est toujours ouverte mais ne saigne plus je vous souhaite pleins de belles chose tendre pensée a votre petite juliette
Anouchka
  • 2. Anouchka (site web) | Jeu 15 Oct 2015
Parce que comme vous le dites si bien on cache beaucoup de choses derrière ces convenances, j'ai décidé de faire un petit blog pour mon petit Soldat parti bien trop tôt rejoindre les étoiles, pour que les familles et parents qui vivent la perte d'un enfant puissent se retrouver dans mes textes, car je sais au combien il est difficile d'en parler... J'espère que vous y trouverez un peu de réconfort et surtout de la force pour surmonter ce manque de tous les jours. A bientôt
ben
  • 3. ben | Jeu 15 Oct 2015
Votre texte est magnifique. Je souhaite que votre douleur s'estompe avec les années mais que Juliette perdure dans votre coeur. Amicalement. Une maman qui a vécu votre cauchemar et qui est aujourd'hui apaisée.
cindy
  • 4. cindy | Jeu 15 Oct 2015
mon dieu que mes larmes ont coulées en lisant votre si magnifique texte merci pour tous nos anges.

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