Chapitre 6 : premiers signes

Plaid imitation fourrure 130x160 marmotte rougeChapitre 6 Premiers signes

Un froid glacial soufflait à l’extérieur et s’engouffrait dans cet appartement aux fenêtres mal isolées. Mes enfants avaient décoré leur nez d’une croûte verdâtre, sinistres reliques d’un rhume qu’ils ne cherchaient même plus à combattre. Je les entendais renifler en permanence et leurs manches de pulls leur semblaient être un mouchoir tout à fait respectable. Louis avait une petite variante bien à lui, celle de venir se moucher sur nos propres habits, déguisant la manœuvre avec un câlin très bien mené. J’arrivais à me laisser avoir à chaque fois. Naïve que je suis …

Ce vendredi soir de novembre, le vent polaire se mêlait à une petite pluie fine. Je devais correctement vêtir ma progéniture afin d’affronter les colères d’un automne rigoureux. Je me préparais à me rendre à l’école pour une réunion en vue de la sortie scolaire de Clémence, qui se tiendrait en mai prochain. Les enfants disparaissaient sous les couches de manteaux et de bonnets dont je les avais affublés. Ils grognaient un peu d’être ainsi harnachés mais leurs plaintes étaient étouffées par l’épaisse écharpe qui les couvrait jusqu’au nez.  Avant de quitter les lieux, je fis un petit tour dans la buanderie pour mettre mon sèche-linge en route. Quatre-vingt-dix minutes de programme … nous serions rentrés avant la fin, c’était certain.

Si l’on met de côté les incartades de Louis dans les couloirs de l’école et les cris des filles se battant les livres qu’elles convoitaient l’une et l’autre, on pouvait dire que dans l’ensemble, la réunion s’était plutôt bien passée. Au menu : voyage de 5 jours dans un château au fin fond du département, animations diverses et variées et interdiction formelle de se languir de ses parents. Je trouvai le programme parfait. Une demi-heure plus tard, nous étions tous dehors à constater que la bise n’avait pas faibli. C’est le dos courbé dans l’espoir d’être moins mouillés que nous reprîmes le chemin en direction de la maison.

Jérôme n’était pas encore rentré. Il avait une réunion qui devait le retenir jusqu’à 20 heures. Et il n’était que 18h30. L’heure magique des bains, repas et couchers des mouflets qui montre à quel point, nous, parents, nous avons surtout besoin de nous vautrer dans le canapé avec un bon verre de vin rouge. La vie est parfois tellement contrariante !

Nous nous réfugions rapidement sous le porche du rez-de-chaussée et, tandis que mes enfants faisaient la course dans l’escalier, je cherchais frénétiquement mes clés dans une poche qui me paraissait sans fond. Je trouvai enfin le trousseau et glissai la clé dans la serrure. J’ouvris la porte et m’arrêtai net. En plein milieu de l’entrée se trouvait du linge. Pas n’importe quel linge : celui-là même que j’avais mis à sécher juste avant de partir. Perplexe, je le ramassai et me rendis dans la buanderie. Le hublot de la machine était grand ouvert et le reste des affaires pendait tristement par l’entrebâillement. Je ne comprenais pas ce qui avait pu se passer. Un étrange malaise s’empara de moi et je dus quitter la pièce rapidement, avec ma lessive sèche sous le bras. Comment mon sèche-linge avait-il pu s’ouvrir seul ? Comment son contenu s’était-il retrouvé aussi loin dans l’appartement ? Le mystère demeurait entier. Je posai les affaires sur le canapé pour les plier et tentai d’effacer les mauvais sentiments qui m’envahissaient en me consacrant aux tâches parentales du soir.

Jérôme arriva à l’heure prévue et m’aida à coucher les enfants. Je ne lui parlai pas de la mésaventure du sèche-linge. Je pensai que finalement, cela n’était peut-être pas aussi inquiétant que je ne l’imaginais, bien que je ne trouvasse aucune explication logique au phénomène. Nous nous préparâmes un délicieux plateau-télé digne des plus grands chefs étoilés (fromage, jambon et salade verte) et nous échouâmes dans le canapé, dans un soupir d’aise. L’étage était silencieux, preuve que Morphée avait bien fait son boulot. La télévision affichait un programme que nous regardions d’un œil distrait.

Une fois le dîner englouti, je m’enroulai dans mon plaid rouge ultra moelleux tout en me renfonçant davantage dans le sofa. Jérôme avait également adopté la position dite de « la mise en boule ».

Tandis que je m’assoupissais, un courant d’air froid passa subitement le long de ma nuque et me fit frissonner. Je me redressai et dans un réflexe, je tournai la tête en direction de la buanderie. Je scrutai avec attention la petite pièce sombre. Je sentais que quelque chose allait se produire, sans savoir quoi exactement. Mon cœur battait à tout rompre quand un bruit soudain me fit sursauter : la machine à laver venait de se mettre en route. Jérôme bondit, surpris lui-aussi. Nous restâmes sans bouger pendant de longues secondes, le souffle court. Ce n’était pas normal. Je fixai toujours en direction du couloir, dans l’attente de voir apparaître un indice sur la provenance de cette mise en route spontanée. J’évoquai mentalement toutes les possibilités : « L’avais-je programmée ? » « Non » « Y a-t-il eu une brève panne de courant expliquant cette initiative de ma machine ? » « Non plus, la télé n’a rien montré de tel. » « Cela peut -il être Jérôme ou les enfants ? » « Ben non, Jérôme n’a pas bougé du salon et aucun enfant n’a traversé le salon pour se rendre dans la buanderie. » « Et si ça avait un lien avec le sèche-linge ? » « Peut-être … mais lequel ? » « Bon, de toute façon, je dois l’arrêter, y a pas de lessive … »

Je me levai en tremblant. Je n’étais pas sereine mais j’étais curieuse. Je voulais en avoir le cœur net. Jérôme ne bougea pas. Je m’approchai du cellier. Le froid était palpable. J’entrai dans la pièce et sentit un souffle me glacer le visage. Puis, plus rien. La machine tournait toujours mais la tiédeur reprit le dessus. J’éteignis le lave-linge puis ris nerveusement : 

« C’est gentil de vouloir m’aider mais la prochaine fois, mettez de la lessive avant de lancer le programme ! »

Commentaires (1)

audrey
  • 1. audrey | Lun 12 Fév 2018
Brrrrr...

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