rédactrice

Fierté(s)

MojitoLes rayons d'un soleil printanier réchauffaient déjà l'atmosphère lorsque je pris place à la terrasse du Café des Arts, en face de mon amie Léa. Elle avait insisté pour que je sorte un peu et force était de constater qu'elle avait eu raison. Ca m'avait manqué de respirer l'air frais.

« Tu vas bien ? », me demanda-t-elle avec une voix aiguë qui flirtait avec l'hystérie.

Je compris immédiatement à son sourire béat et à ses yeux pétillants qu'elle avait fait une nouvelle connerie. Elle ne me déçut pas en m'annonçant, après une grande lampée de mojito :

« J'en ai un nouveau !! »

Jules ? Pantalon ? Boulot ?

« Tu veux le voir ? », me proposa-t-elle en soulevant derechef sa jupe.

Je fermai les yeux un instant puis les rouvris sur sa cheville qu'elle me tendait sous le nez, dans une souplesse que je ne lui soupçonnais plus. Une large plaque d'un rouge éclatant s'étalait du milieu de son pied jusqu'au genou et dessus, surplombant la malléole, je vis un dauphin sauter dans un cerceau de feu, sûrement réalisé par un enfant de 4 ans au vu de la qualité du dessin.

« Tu l'as fait faire par ton tatoueur habituel ? 

  • Oui, je l'adore ! Il est doué, non ? »

J'aurais voulu lui répondre quelque chose de gentil mais je m'étranglai dans une gorgée de jus de pamplemousse. Je repensais à son omoplate auréolée d'une Minnie trash et à sa fesse gauche saccagée par une tête de mort rose et verte. J'eus une pensée émue pour toutes ces autres parties de son corps encore épargnées et qui devaient frémir à l'idée de subir les outrages d'une aiguille malhabile.

Elle redescendit sa jupe délicatement, en grimaçant lorsque le tissu toucha sa jambe enflammée.

« Et toi, tu n'as toujours pas de tatouage ?

  • Si … depuis peu d'ailleurs !

  • Tu me montres ? »

Son excitation était palpable. Je ne voulus pas la faire attendre plus longtemps. Je soulevai alors mon tee-shirt et la laissai découvrir ce qui entourait désormais mon nombril. Sa perplexité était belle à voir.

« Ca te plaît ?

  • Tu te fiches de moi ?

  • Non … C'est la plus belle œuvre que je porte sur moi. Rassure-toi, ça ne va pas rester de cette couleur bien longtemps, ça va blanchir rapidement.

  • Pfff, tu me déçois ... » soupira mon amie en se rejetant en arrière.

Je recouvris mon ventre encore flasque et désormais strié de zébrures écarlates avec le bout d'étoffe informe qui me servait de cache-misère. Un hoquet s'éleva du berceau qui se tenait à ma droite, me rappelant que l'artiste qui m'avait fait ces marques indélébiles n'avait que trois semaines. Et que le tatouage qu'il avait réalisé par sa seule présence en moi était sans doute le plus beau qu'une femme puisse jamais arborer.

Je souris à mon amie dont la mine dégoûtée me prouvait bien qu'elle n'avait encore pas conscience de la véritable valeur d'un tel marquage.

Un jour, peut-être …