premières amours

Premiers émois

1077926-hand-in-hand.jpgLes amours enfantines sont belles, tendres et sincères. J'ai eu la chance d'en connaître une. Je ne savais pas que j'étais amoureuse, je savais juste que je voulais être sans cesse avec ce garçon. Et quand j'étais avec lui, mon coeur cognait très fort dans ma poitrine. J'avais 7 ans, lui aussi, nous étions dans la même classe, celle de Mme Chrétien. Il s'appelait Joël.

Joël, il est roux, toujours bien habillé et il me sourit tout le temps. J'aime bien quand il me sourit, même s'il lui manque des dents. Pour moi, il a un sourire spécial. Il ne le fait à personne d'autre.

Joël, il n'a pas de frère et soeur. Mais surtout, il n'a pas de maman. Je n'ai jamais su où elle était sa maman. Il vit avec son papa, dans les appartements de la gendarmerie. Il est gentil son papa, même si parfois, je le trouve triste. Il nous emmène souvent tous les deux au terrain de jeux. Assise sur la balançoire, j'attends que Joël me pousse pour que j'aille haut, toujours plus haut. Je l'entends rire derrière moi et j'aime sentir ses mains dans mon dos. Quand je glisse sur le toboggan, il m'attend toujours en bas, pour me rattraper. Je me sens bien avec Joël. Il prend bien soin de moi et fait tout pour me faire plaisir. On joue beaucoup ensemble, on se promène souvent, on discute et on rit, tout le temps.

Joël, il est romantique. Il me prend toujours la main, surtout quand on se retrouve sur le chemin pour aller à l'école. Il a la main toute chaude et toute douce. Et quand il le fait, il a ce sourire si spécial qui n'appartient qu'à moi. Un jour, nous étions assis sur un banc, dans la cour de l'école et nous étions loin l'un de l'autre. Il m'a regardée et tout à coup, il s'est rapproché pour me faire un bisou sur les lèvres. Puis, il est reparti très vite de l'autre côté du banc, la tête basse et très rouge. Mme Chrétien a eu un drôle de sourire et moi, j'étais toute gênée mais toute heureuse aussi. C'est la première fois qu'un garçon m'embrassait comme ça et surtout, ce garçon, c'était Joël.

Joël, c'est aujourd'hui un souvenir. A la fin de cette année scolaire, nos chemins se sont séparés. Son père l'avait placé dans une autre école. Je l'avais recroisé, un an plus tard, mais ce n'était plus mon Joël. Il avait vraiment grandi, n'avait plus ses petits noeuds papillons et il avait toutes ses dents. Je garde de lui une émotion intacte et un livre. Un recueil de contes magnifiquement illustré, avec un message écrit par son père mais signé par Joël. Je conserve précieusement ce livre et j'y tiens plus que tout. Quand ma mère l'avait donné à mes cousines, c'est en pleurant que je suis allée le récupérer. Il prend désormais la poussière dans ma bibliothèque et parfois, je m'en saisis, je souffle un peu dessus et je le feuillette. Mon amour d'enfance ressurgit du passé et me dessine un doux sourire sur le visage. Oui, les amours enfantines sont belles, tendres et sincères mais surtout, elles sont ineffables.