octobre rose

Pour ma marraine

247172Tu as reçu l'annonce de ta maladie comme une gifle : sèche, douloureuse, brutale. Il fallait faire vite, très vite, ta vie en dépendait. Tu as été opérée le jour de l'enterrement de ta meilleure amie, elle-même emportée par la même saloperie greffée sur ses poumons. Ce jour-là, deux parties de toi t'ont violemment été arrachées. Mais tu pleurais davantage sur le sort funeste de ton amie plutôt que sur le tien.

Je suis venue te voir dans ta chambre d'hôpital et ton sourire, bien que pâle, exprimait tout le courage dont tu faisais preuve. Tu en aurais besoin de ce courage pour mener ce long combat de souffrances qui t'attendait. Perdue dans mes petits tracas du quotidien, je n'ai pas pris la mesure de ce que tu t'apprêtais à vivre. Je te pensais sortie d'affaire, dès lors qu'on t'avait retiré la partie malade de ton corps.

Mais je me trompais....lourdement.

Tu as côtoyé l'enfer pendant une année, vomi tripes et boyaux après chaque chimiothérapie qui te laissait amorphe pendant plusieurs jours. Les rayons ont brûlé ta peau. Mais ces souffrances physiques n'ont pas entamé ta joie de vivre...Du moins en surface.

Pardonne-moi. Je n'avais pas compris tes peurs, tes angoisses et tes désespoirs. Je n'avais aucune idée de l'intensité de toutes ces émotions qui agitaient tes sens. Je crois aussi que je ne voulais pas le voir : ma propre terreur à l'idée de te perdre m'aveuglait sur ton compte. Je n'ai pas ressenti les abimes dans lesquels tu plongeais quand l'espoir t'échappait. Je n'ai pas ressenti ta détresse quand tu te retrouvais face à l'inconnu, et face à la mort. Tu balayais nos craintes d'un revers de la main et enfouissais tes sentiments derrière une bonne humeur de façade. Tu craignais de nous faire de la peine et continuais à répandre de la joie autour de toi. Tu refusais de voir la moindre larme versée sur ton sort. L'amour était ton moteur, le rire ta thérapie.

Tu t'es battue comme une lionne, n'abandonnant jamais ta vie entre les pinces de ce crabe maléfique. Tu ne pleurais pas sur ce sein perdu, tu préférais t'amuser de cette prothèse qui cherchait sans cesse à sortir de ton soutien-gorge. Tu ne t'apitoyais pas sur ton crâne devenu lisse comme un oeuf mais tu avais à coeur que ta famille ne te voie pas sans ton foulard ou ta perruque. Tu ne te plaignais jamais de tes blessures mais préférais entendre parler ceux que tu aimes, de leur vie simple qui continuait malgré tout.

Et surtout, tu regardais avec tendresse le ventre rond de Carole qui abritait ton premier petit-fils. Il était devenu ta meilleure arme. Tu voulais le voir naître, grandir et vivre. Il était hors de question que le cancer t'empêche de le connaître. Alors, tu as serré les dents, mené cette guerre à bras le corps, repoussé encore plus loin tes limites...Et tu l'as vaincu ! De rémission tu es passée à guérison alors que les médecins qui te suivaient murmuraient le mot "condamnation".

Par ces mots, je voulais t'avouer toute mon admiration. Ta vaillance et ta force t'ont permis de faire taire le pessimisme médical qui t'entourait. Tu leur as montré de quoi tu es capable. Et je ne t'en remercierai jamais assez ! Merci d'être toujours à nos côtés, merci de nous avoir montré ce qu'était le vrai courage, merci de continuer à nous faire rire (souvent) et réfléchir (parfois), merci de nous avoir montré de quoi nous pouvions être capables quand, en nous, brûle cette formidable envie de vivre.

Merci d'être toujours là.

Merci d'exister.