intermittent spectacle

Etre intermittent du spectacle

Drama queen 731778 mLa polémique enfle : faut-il ou non supprimer le régime spécial dédié aux intermittents du spectacle ? Directement concernée par cette réforme, je fouille un peu sur le net et ce que j'y trouve m'atterre : plus de la moitié de la population souhaite supprimer ce régime (Cf. le sondage du jour de M6 Info), des commentaires acerbes et pétris d'ignorance viennent étayer ce vote (divers sites d'informations). D'abord, je fus outrée par tant de méchancetés gratuites envers ceux qui font le spectacle ("Ces intermittents bien gras vont défendre becs et ongles leurs privilèges" "ce sont des faignants nourris GRASSEMENT, ras le bol, il faut arrêter ces injustices qu'ils aillent bosser, pour eux, le job est un amusement, ils bossent un quart de l'année et nous assurons largement leur vie, il faut arrêter"...Source très sérieuse avec des personnes qui ont vraisemblablement loupé pas mal de cours de français, du site de JM Morandini). Je vous en passe et des meilleures !

J'ai ensuite compris qu'ils pêchaient tous par ignorance. Qu'est-ce qu'un intermittent du spectacle ? Voilà la vraie question et ensuite, nous verrons s'il est justifié de s'acharner sur eux !

Intermittent du spectacle, c'est un régime spécial d'indemnisation, pas un métier. Ce régime regroupe de très nombreuses professions : comédien, metteur en scène, compositeur, musicien, artiste de cirque, technicien lumières et sons, régisseur, costumier, décorateur, maquilleur...Afin de prétendre à un tel régime, il faut impérativement réaliser un nombre minimum de prestations sur une année. Une fois ce chiffre atteint, il est transmis à Pôle Emploi qui calcule alors un montant journalier basé sur le nombre de cachets (prestations) et leur montant.  De plus, il est bon de rappeler que les cachets (salaires) des comédiens ne sont généralement pas très élevés et en tout cas, insuffisants pour en vivre correctement mois par mois. C'est un métier qui demande de nombreux sacrifices, notamment pour les artistes ayant une famille. Afin de faire tourner le spectacle pour lequel ils ont travaillé dur, ils doivent quitter conjoint et enfants plusieurs jours par mois. Même si c'est pour effectuer un travail qui les passionne, ces séparations ne sont jamais évidentes, ni pour l'artiste ni pour sa famille. Mais elles sont nécessaires afin d'appporter aux quatre coins de la France un peu de joie, de réflexion, de rires et d'émotions. Nous sommes très loin des 35h/semaine, des 5 semaines de congé annuel, des we paisibles en famille...A titre personnel, nous avons pu passer trois semaines de vacances l'an passé. C'était la première fois que cela arrivait en 6 ans de vie commune. Généralement, nous n'avions pas plus d'une semaine, voire 10 jours d'affilée pour nous retrouver. Mon mari n'a eu que ces 3 semaines pour se reposer, sur toute l'année. Le répit, les congés maladie, le repos...il ne connait pas ! Et ce n'est pas un cas isolé ! Qui, aujourd'hui, accepterait de travailler dans de telles conditions ? Et surtout, qui accepterait de se faire taxer de feignasse quand les 35 heures que d'autres font sur 5 jours, il les fait sur 3 ?

Ces passionnés ont un statut précaire, pour lequel ils se battent jour après jour afin de le conserver. Ce n'est pas un acquis, mais un droit. Ce n'est pas un privilège, mais une bouée de sauvetage afin de vivre décemment. Ce n'est pas un luxe, et s'il est supprimé, c'est le spectacle vivant qui en deviendra un ! Sans ce revenu supplémentaire de  Pôle Emploi, les intermittents n'existeraient plus. Cela induirait la mort progressive de l'art vivant en France. Si les professionnels ne peuvent plus vivre de leur art, il n'y aurait petit à petit plus de théâtre à la portée de tous, plus de concerts accessibles à un plus grand nombre, plus de programmes télévisuels (eh oui, quasiment tous ceux qui travaillent sur les plateaux télé sont des intermittents !), plus de cinéma indépendant, plus de festivals à taille humaine qui égayent nos étés ... Est-ce vraiment cela que vous voulez, vous qui votez pour la suppression de ce régime spécial ? Avant de fustiger une catégorie de travailleurs, soyez réellement informés de tout ce que cachent les feux des projecteurs.