femmes battues

Amour à mort

alone-867275-m.jpgAssise à terre, contre le mur, elle tient sa tête entre ses mains et ses genoux sont repliés sur sa poitrine. Elle ne pleure pas. Elle ne pleure plus depuis longtemps de toute façon. Sa tête lui fait mal. Bien plus que ses bras ou son ventre. Elle entend ses pas aller et venir dans la pièce, c'est assourdissant. Elle veut le silence, le calme. Elle veut qu'il lui foute la paix, une bonne fois pour toutes.


Pourtant, au début, ce n'était pas vraiment comme ça. Au début, il était gentil avec elle. Doux et tendre même. Il l'a vite protégée et l'a installée chez lui au bout d'une semaine.Ca tombait plutôt bien, elle n'avait nulle part où aller. Pour la protéger toujours, il lui a dit que ce n'était pas la peine qu'elle travaille, il pouvait tout assumer. Alors, elle restait à la maison, à l'attendre. C'était bien, elle était tranquille. Il faisait les courses, elle n'avait même pas besoin de sortir. Elle pouvait rester à la maison, au chaud. Elle appelait sa maman et le peu d'amies qui lui restait. En revanche, elle n'avait pas le droit de les voir. Oh, elle a bien essayé une fois ! Mais à son retour, il l'a giflé en la traitant de pute et de traînée. C'est vrai qu'elle ne l'avait pas prévenu. C'était sous le coup de l'inquiétude, comment lui en vouloir ? Suite à ça, il a changé un peu. Les insultes devenaient quotidiennes mais après tout, on lui a toujours dit qu'elle était une moins-que-rien, une ratée. Elle ne récoltait que ce qu'elle méritait. Elle a bien essayé de se défendre mais quand il est en colère, sa main part vite et claque fort. Alors, elle le laissait dire. Les rares fois où elle sortait, il l'appelait chaque minute pour savoir où elle était et avec qui. Il scrutait sa tenue, toujours pour sa sécurité, et s'énervait vite si c'était trop décolleté ou trop moulant. Il ne voulait pas qu'il lui arrive quoi que ce soit ou qu'elle fasse de mauvaises rencontres. Et puis, un soir, les simples gifles n'ont plus suffi. Il rentrait de réunion entre collègues et sentait fort l'alcool, plus que d'habitude. Ses affaires allaient mal, il se savait sur la sellette. Il avait besoin de se défouler. Elle était là. Un seul mot a suffi à déchaîner sa colère. Il a regretté après. Il lui a dit à quel point il l'aimait et tenait à elle. Il lui a promis que ça ne recommencerait jamais et qu'il changerait. Elle l'a cru et lui a pardonné.

Mais ça a recommencé, de plus en plus souvent, de plus en plus fort. Mais il était tellement malheureux, s'en voulait tellement s'être laissé emporter, qu'elle ne pouvait que s'attendrir, le comprendre et lui pardonner, encore et toujours. Il l'aimait, il allait changer. Il le lui a promis !

Elle presse un peu plus ses paumes sur son front. Ses doigts commencent à coller et le sang se fige sous son menton. Ses cheveux laissent échapper dans son dos un long filet rougeâtre. Il y est allé très fort aujourd'hui. Elle l'a mérité aussi ! Elle est sortie sans l'avertir, et en jupe en plus ! Elle voulait le provoquer. Elle ne sait plus très bien pourquoi maintenant mais ça n'a plus d'importance. Elle avait juste compris qu'il ne changerait jamais. Elle voulait en être sûre. La réponse est sans équivoque.

Son souffle devient court. L'étau qui comprime sa poitrine se resserre. Le bruit qui l'entoure s'étouffe. Elle a froid.

Avant de sombrer, elle sent une petite main se poser sur son épaule et un murmure lui caresser l'oreille : "Maman...Ne m'abandonne pas."