enfants

De l'utilité des enfants

80198254 oBonjour à toi, future parturiente. Je te sens fébrile, le test encore chaud dans la main et tu caresses avec amour ton ventre encore plat qui abrite ce qui a de plus merveilleux au monde.

 

Mais toi qui vas donner la vie et t'apprêtes à couvrir d'amour et de câlins ce petit bout, sais-tu que très vite, il te sera très utile ? Et ce, sans qu'il ne fasse jamais rien de ses dix doigts. Non non, pas d'esclavage enfantile en vue, juste une chouette opportunité pour te sortir de bien des situations délicates ou pour faire des choses que tu ne ferais jamais si tes enfants ne te servaient pas d'excuse.

 

Comme je suis super sympa et totalement décomplexée, je te dis ici comment tu vas pouvoir te servir ton petit bout de chou.

 

1 : C'est dimanche, le troisième du mois. Et comme tous les troisièmes dimanches de chaque mois, Tonton Roger t'attend pour ses fameuses tripes à la confiture, son plat fétiche. Rien que le nom te remonte le petit-déjeuner dans la gorge et tu as l'impression de sentir jusque chez toi les relents des tripes qui mijotent depuis la veille. Et puis, entendre pour la centième fois les récits cochons de Tonton Roger qui adorait se rouler dans le foin des granges, t'as pas envie. Surtout que les dits-récits sont régulièrement ponctués de rires gras.

Jusque-là, tu n'avais pas trop le choix et surtout, pas tellement d'excuses pour te débiner.

Mais aujourd'hui, tu vas dégainer l'arme ultime : la gastro. Quand c'est toi ou Chérichou, Tonton Roger, il s'en fout et te fait quand même venir. Mais si tu brandis l'argument fort du Bébé qui fait caca en spray toutes les cinq minutes et du vomito-shampoing qui parsème tes cheveux, Tonton Roger, il capitule.

Et ton dimanche est sauvé.

 

2 : Mémé Odette adore voyager et te ramener des souvenirs, tous plus hideux les uns que les autres (la coquille de moule géante décorée de perles en plastique, ou le vase en faïence imitation décor chinois, made in Taïwan, par exemple). Et franchement, tu ne peux pas poser ça dans ton salon design, au stylé épuré et au canapé blanc (on en reparlera dans quelques mois du canapé blanc d'ailleurs ...).

Alors, quand Mémé Odette passe te voir pour te rapporter une mer ... un cadeau, et qu'elle constate que l'abat-jour en coquillages n'est plus là, tu prendras ton air le plus triste et désignera le coupable, avec des trémolos dans la voix. Un coup de pied malencontreux, un ballon qui vole et bim ! En mille morceaux la lampe de tes rêves.

C'est donc avec beaucoup d'émotion que tu ouvres le paquet que te tend Mémé Odette et que tu y découvres une poupée tellement laide que même Chucky est sexy à côté. Tu remercies vivement ton aïeule, tout en te demandant s'il reste de la place dans la malle spécialement dédiée à ses présents.

(PS : tu peux adapter l'incident selon l'âge de Bébé et évoquer sa maladresse incroyable lorsqu'il est à bord de son trotteur.)

 

3 : Bébé peut également te servir dès la conception. Tu es enceinte, tu as donc théoriquement le droit de tout faire. Tu peux, par exemple, être plus gourmande que d'habitude ("Alleeeeez, un quatrième éclair au chocolat et c'est tout ! De toute façon, j'ai le droit, je suis enceinte ! Et puis, c'est pour TON Bébé !"). Tu peux aussi te montrer capricieuse, pénible, fatiguée (paresseuse ? Oui, soyons honnêtes !), accro aux émissions qui traitent de la maternité et imposer ce choix à Chérichou tous les soirs (parce que ce genre de programmes, il y en a TOUS les soirs ! Si si, tu verras, tu deviendras une experte de la traque aux émissions roses-layettes.) Bref, tu peux devenir une harpie mal fagotée et aux cheveux gras si t'as envie, tu es toute pardonnée d'avance.

 

4 : Maman t'appelle, pour la sixième fois de la journée, parce qu'elle rentre de son après-midi tarot et qu'elle doit absolument te raconter à quel point c'était funky, surtout quand Marcel a recraché son dentier dans un éternuement tonitruant.

Avouons-le tout net : tu t'en fiches royalement. Toi, tu penses à ce petit plateau-télé que tu vas te faire dans moins de deux heures, quand Bébé sera au lit et que tu pourras t'affaler dans ton canapé moelleux.

Sauf que le débit maternel est incessant et tu soupires, en essayant de rester discrète.

Tu vas avoir besoin de Bébé, et vite !

"Oooh maman, faut que je te laisse ! Bébé est en train de vider le PQ dans la cuvette des toilettes !! Ohlala, la cataaaa !! Il y a mon portable au fond !! Aaaaaah !!" puis, raccrocher brutalement, pour rajouter un peu de dramaturgie.

Voilà, c'est fait. Tu peux commencer à te préparer tes petites grignottes du soir avec un bon verre de Pina Colada, que tu vas savourer devant une émission de nouveaux-nés (nostalgie de la naissance quand tu nous tiens !).

 

5 : Les virées shopping. Tu assures à un Chérichou dubitatif : "Ben oui, il grandit bien trop vite notre Bébé. Il a besoin de nouveaux bodies, de pantalons, de pulls et de chaussures. Eh oui, crois-moi, je galère tous les jours à lui trouver des vêtements à sa taille. Je te laisse Bébé par contre, c'est pas agréable pour lui les magasins. Ton code, c'est bien le 2536 ?"

Au passage, tu embarques ta meilleure copine, célibataire endurcie, qui connait par coeur les nouvelles tendances mode et les boutiques du moment ... pour femmes bien sûr !

Te voilà lâchée en pleine ville, avec la carte gold de ton Chérichou dans la poche, pour trois heures de liberté totale. Tu fais flamber le compte pour une paire de bottines d'une rare beauté, pour une jupe qui ira très bien avec ces petites merveilles et évidemment, il faut compléter la tenue avec un top en mousseline de soie extrêmement raffiné.

Te voilà refaite à neuf mais tu ne peux pas rentrer chez toi sans habits pour Bébé.

Tu déniches un petit body marqué "J'aime Papa" et tu files le montrer à Chérichou qui commence à se faire un peu de souci de cette longue absence.

Tu sors de la voiture avec ton petit sac marqué "PourMonBaby", toute fière. Tu le présentes au papa qui, dans un premier temps, te demande un peu sèchement pourquoi tu as mis autant de temps, surtout pour ne rapporter qu'un petit truc. Puis, il va ouvrir le paquet et découvrir le petit body et va fondre. Ouf, l'orage est passé.

Par contre, attends demain pour lui parler de tes achats. C'est plus prudent.

Ou mieux : ne dis rien.

 

6 : Allez, avoue, t'as franchement abusé de l'excellentissime cassoulet de tata Yvette hier mais la tuyauterie déguste aujourd'hui. Tes intestins produisent la cinquième symphonie de Peethoven et tu te tortilles sur ta chaise, face à Beau-Papa et Belle-Maman qui sont venus à l'improviste vous faire un petit coucou.

C'est là que tu vas devoir te servir de ton mouflet. Ni une ni deux, tu le saisis, prétextant un énorme câlin et, en traître, soulage ton ventre endolori. Tout réside dans ta propension à flatuler en toute discrétion. Le moindre bruit et tu es grillée direct ! Les silencieux sont généralement éprouvants pour les narines et très vite, celles de Belle-Maman vont se plisser, montrant que l'effluve a envahi son nez délicat.

"Ohoooh, t'écriras-tu en saisissant Bébé sous les aisselles. Mais c'est qu'on a rempli sa couche petit filou !" et hop, tu files à la salle de bains pour changer une couche à peine humidifiée d'un innocent petit pipi. Vu l'odeur, Belle-Maman ne te suivra pas et tu pourras en plus te lâcher pendant le change de Bébé. C'est tout bénéf' !

 

7 : Tu vas vite régresser. Les jambons-purées en poudre seront ton plat favori du mercredi midi et tu te verras faire un petit puits dedans pour y mettre du ketchup. Ensuite, tu iras jouer avec tes enfants (si tu as des filles, tu as des Barbie et tu t'amuseras, comme avant, à les habiller en princesses, les coiffer et les emmener au bal. Ou alors, tu feras des châteaux en Légo ... Tu trouveras toujours un truc pour renouer avec tes joies d'antan). Puis, il y aura le goûter et la pâte à tartiner, véritable hymne au gras et au sucre, garnira généreusement des petits pains au lait moelleux que tu tremperas dans un verre de lait. Et parce qu'il sera tard et que les enfants seront fatigués, tu les colleras devant un bon vieux Disney ... et tu t'installeras à côté d'eux, en murmurant les dialogues du film que tu connais par coeur.

Cette régression va te faire un bien fou et sans enfants, tu ne peux pas te le permettre (si tu vois une trentenaire célib' faire des nattes à une Barbie, tu te dis qu'elle a un grave souci) alors que là, c'est pour le bien de tes enfants et pour partager des moments avec eux (enfin, ça, c'est ce qu'on dit toutes alors qu'au fond de nous, on jubile dès qu'on peut chanter "Un jouuuuur, mon prince viendraaaaa" à tue-tête.)

Et pour couronner tout ça, des fraises Tagada et des Kinder remplissent ton placard, toujours sous prétexte que c'est pour les loulous mais qui c'est qui les boulotte, le soir, devant Baby Boom ? Hein ?

 

Bon allez, je dois te laisser, Bébé a pourri sa couche ...

 

Si, c'est vrai !

Décomplexée

Prince 1282775 m"Espèce de mère indigne !" me suis-je déjà entendu dire, avec ou sans sourire. Tout ça parce que pendant la sieste de Bébé, je mets mes écouteurs sur les oreilles et que si je l'entends pleurer, je monte le son (suffit de pas grand chose pour choquer les gens, c'est dingue !). Mais en fait, je ne suis pas du tout une mère indigne, je suis une mère décomplexée.

C'est quoi la différence ? Indigne implique une part de responsabilité que je ne ressens absolument pas.

Un exemple : votre copine, mère parfaite s'il en est (c'est à dire enfant toujours propre sans morve collée sous le nez, elle toujours bien sapée et brushée avec un maquillage subtil et qui sent bon le gâteau fait maison), se vante que Junior, 18 mois, lui a dit la veille :"Ô maman, tu es tellement merveilleuse.". En plus de l'admiration que cette tirade doit susciter chez nous, nous devrions aussi nous sortir un brin complexées. Ben oui, la seule chose que Bébé, 2 ans et demi, arrive à dire, c'est "Tato" (=gâteau ou saucisson, au choix) ou "caca" (pas besoin de traduire, tout le monde comprend, surtout quand il le dit avec un large sourire et une odeur de poubelle faisandée). Logiquement, dans l'esprit pervers de cette perfection maternelle, je devrais me jeter sur un Bescherelle et le lire en entier à Bébé. Eh bien non ! Je vais me contenter de féliciter comme il se doit le petit génie à la raie au milieu ("C'est formidable, bravo gamin ! Si tu veux, tu peux finir mes mots flêchés !") devant sa mère extatique. Puis, je vais prendre mon Bébé par la main, direction la salle de bains, car il vient de prononcer l'un de ses mots favoris.

Autre exemple : c'est l'heure du dîner et je sors mon arme favorite, à savoir un sachet de nouilles. Bébé sautille de joie et file chercher le fromage râpé dans le frigo. Sauf que, de fromage râpé, il n'est plus. Drame, pleurs, hurlements et roulades par terre ponctuent la scène. Pas le choix, je dois appeler WonderMaman :

"Salut Cécile. Dis, t'aurais pas un peu de fromage râpé à me dépanner ?

- Si, pas de soucis.

- Je ne t'en prive pas au moins ?

- Non, ne t'en fais pas, on n'en mange pas avec le boeuf stroganoff !"

Elle croit m'impressionner avec son boeuf strogatruc ? Pourquoi se casser la tête avec des trucs compliqués alors qu'on réjouit un petit bout avec une poignée de nouilles et du fromage râpé ? Hein ? Franchement, je vous le demande ! Et quand, le lendemain, à la crèche, j'ai appris que Junior avait été malade toute la nuit, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir un petit rictus. Oh, il était moche ce rictus ! J'en ai profité pour glisser à Cécile qu'une simple assiette de pâtes lui aurait sauvé un dîner et une paire de draps. Oh, je sais bien qu'il faut éduquer les enfants au goût et tout le tintouin, mais en fin de journée, la seule éducation que je prône, c'est l'éloge de la tranquillité.

Bien sûr, Junior est propre alors que Bébé aime ses couches d'un amour déraisonné. Bien sûr, Junior a toujours des habits frais, bien repassés et sans taches tandis que Bébé peut aller à la crèche avec un petit trou dans le pantalon. Mais Bébé a le droit d'aller jouer dans la boue si ça l'amuse, de se rouler par terre à la recherche de petits lutins de pelouse, de patauger dans une petite flaque d'eau, de faire une soupe avec du sable, de l'herbe et tout ce qui lui tombe sous la main. Et tant pis s'il revient avec des habits ruinés. Son sourire et ses joues rosies par le plaisir qu'il a eu à jouer effacent instantanément tous ces petits désagréments.

"Ooh, tu le laisses jouer avec ça ??" s'indigne WonderMaman en voyant Bébé se maquiller à la craie.

Ben oui, parce que son apparence et ses aptitudes à agir comme un grand, je m'en fous ! Il grandit à son rythme et à sa façon et tant pis si ça dérange. Parce que oui, parfois ça dérange :

"Oh, il n'est pas encore propre ? Tu le fais suivre ?" (oui, par le GIGN !)

"Il ne parle pas beaucoup quand même ... " (Ça me change des pipelettes qui ne peuvent pas s'empêcher de parler pour ne rien dire !)

"C'est normal qu'il mange avec ses doigts ?" (Oui, surtout la soupe, il adore ça !) ... et j'en passe !

Il est heureux, c'est tout ce qui compte. Non ?

Les vacances

693675-pont-davignon.jpgLa neige commence à vraiment nous lasser. Nous réfléchissons deux minutes et la décision tombe : nous allons partir dans le Sud. Pas déménager, non, juste prendre quelques jours de nouvel air, sous un soleil radieux et une douce chaleur. Nous cherchons un gîte et notre choix s'arrête sur une annonce qui nous plaît en tout point : beauté des lieux et gentillesse des propriétaires (aux dires des nombreux commentaires élogieux laissés par des clients ravis). Les bagages sont faits, les enfants bien arnachés dans la voiture et nous voilà partis ! 5 heures de route ne nous effraient pas et nous les faisons d'une traite. 19h30, arrivée des voyageurs fatigués mais heureux. Une voix chaleureuse se fait entendre : celle de Christian, notre hôte. Très amical dès le début, il nous a tout de suite séduits par sa disponibilité et son sourire très accueillant. Nous nous sentons tout de suite chez nous dans ce petit gîte joliment décoré. Les filles investissent également leur chambre en sautant sur les lits et en éparpillant un peu partout les poupées, livres et autres jouets. Christian sourit devant ce débordement de vie enfantine et après les petites recommandations d'usage, nous laisse à notre plaisir d'être enfin en vacances. Afin d'en profiter encore plus, nous douchons et nourrissons les filles au pas de course puis nous les couchons sans plus de cérémonie. Enfin tranquilles ! Nous allons pouvoir nous vautrer dans le canapé, enlacés et profiter des formidables programmes télévisuels d'un jeudi soir. Le néant s'affiche sur l'écran mais on s'en contentera. La nuit a été chaotique : un mari malade qui tousse, se lève, a chaud puis froid, tandis que les filles font la java dans la chambre d'à-côté. Le réveil a été bien douloureux à 8 heures. C'est la jambe traînante et l'oeil encore bouffi que je suis allée lever les demoiselles qui s'impatientaient à grands cris. J'installe Valentine dans la chaise haute et m'apprête à lui préparer son biberon ... Quel biberon ? Celui que j'ai oublié sur la table de la cuisine...à la maison ! Ca commence bien. Le petit qui lui sert à boire de l'eau ira très bien, à condition que je fasse trois services. Eh oui, difficile de faire rentrer ses 330ml habituels dans 120. Clémence, quant à elle, se réjouit de boire son lait dans un bol Hello Kitty. Après le petit déjeuner, direction le grand jardin, pendant que le papa récupère de sa nuit. En sortant, Christian se présente et nous demande comment s'est passée la nuit. Je n'allais pas lui mentir, ma mine m'aurait trahie. Apprenant que Jérôme est malade, il s'est proposé d'appeler son médecin. Rendez-vous est alors pris au lendemain matin et en attendant, mon mari doit prendre un cocktail d'ibuprofène et de paracétamol...que nous n'avons pas. Christian m'annonce que comme il doit descendre en ville, il prendra les médicaments nécessaires. J'accepte volontiers, touchée par tant de solidarité.

Grâce aux bons soins de Christian, Jérôme se remet assez vite sur pieds et nous pouvons alors profiter des trésors de la région : les Dentelles de Montmirail, Avignon, et tous ces endroits typiques et pittoresques qui dépaysent instantanément. Dimanche était notre dernier jour de vacances et nous avons jeté notre dévolu sur Fontaine de Vaucluse. Le mistral s'était levé la veille et il nous gilfait de son souffle glacé. Les nuages étaient dispersés et nous pouvions profiter d'un grand soleil. La petite promenade nous a ouvert l'appétit et nous décidons de déjeuner dans une pizzeria de la ville. Clémence est installée sur un réhausseur et Valentine dans une chaise haute, en face de sa soeur. Commence alors l'attente. Difficile de contenir des enfants affamés et impatients. Au bout de vingt minutes, je demande une carte à une serveuse à l'air égaré. Dix minutes plus tard, je lève timidement un doigt pour qu'elle vienne prendre ma commande. "Et avec la pizza pour votre fille, ce sera des frites, des pâtes ou des légumes ?" Tiens, c'est original cette conception d'un menu pour enfants. "Bah, euuuuh, des légumes !" L'attente reprend. Pour tuer le temps, mes filles ont trouvé une astuce : défaire la table. Elles s'échinent alors à mettre en boule la sur-nappe, qui en protège une autre, jaune, assez vilaine. Après quinze minutes de ce jeu fort amusant, la serveuse revient vers moi et me demande :

"Il y a un problème avec la nappe ?" - Non, pourquoi ? - Ben alors, pourquoi vous cherchez à l'enlever ?"

Silence, je la regarde en espérant que ce soit une plaisanterie. Mais son air inquiet m'indique que non, elle est très sérieuse.

"Mais enfin, vous voyez que ce sont mes filles qui jouent avec !" - Ah oui...mais faut faire attention, faut pas tacher la nappe d'en-dessous ! - Promis, on va faire très attention, ça serait dommage de l'abîmer, elle est si belle !"

Les plats arrivent enfin sur une table en fouillis. Le pain a déjà été mangé partiellement (quelques boulettes traînent deci-delà), tous les verres se sont retrouvés vers nous, les parents, et la fameuse sur-nappe était maintenant toute chiffonnée. Les pizzas sont énormes et celle de Clémence est accompagnée de frites. Bizarres leurs légumes...Je ne dis rien, je n'ai pas envie d'attendre encore une demi-heure. Jérôme regarde de travers derrière moi, là où se trouve le bar. Une femme à la mine sombre nous observe, tout en essuyant des verres. Elle semble visiblement inquiète sur l'état dans lequel on va bien pouvoir laisser son restaurant en partant. Il faut dire que les filles ont mis le paquet, sous l'oeil complice et attendri de nos voisins de table. Valentine ne cesse de frapper un petit bol en inox avec sa cuillère, tout en jetant à terre tout ce qui lui passe sous la main. Clémence, quant à elle, manifeste son désir de ne plus manger en recrachant sur la table ce qu'elle avait dans la bouche. Toute la bonne éducation que j'essaie de leur inculquer au quotidien vient de s'envoler comme par magie.

Les cafés arrivent. Clémence, en voulant montrer à son papa un gros bobo sur le doigt, renverse une des tasses qui se déverse sur la table. La serveuse arrive à petits pas et crie à la patronne : " Nan, c'est bon, c'est que de l'eau !" Je pouffe. Jérôme, non. Il lui tarde de sortir de cet enfer tandis que moi, je m'en amuse. La note salée atténue un peu ma gaieté et achève Jérôme.

Ce petit épisode, dont je m'amuse vraiment aujourd'hui, n'a pas été le reflet de nos vacances avec nos enfants, qui se sont montrés plutôt sages dans l'ensemble. Mais franchement, ce qui nous a fait le plus de bien, c'est l'accueil de Christian, son extraordinaire gentillesse et la sensation rare d'avoir fait la connaissance d'une personne d'exception.

Pour lui rendre une petite visite, c'est par ici et par là.

Dans leurs yeux

sky-in-his-eyes-by-yaninah.jpgDans leurs yeux

Dans leurs yeux, j'y vois la joie. Une joie angélique, fraîche, candide. Une étincelle qui brille, scintille et pétille.

Dans leurs yeux, j'y vois l'avenir. Un avenir beau et simple. Un avenir rempli d'espoirs et de promesses qui les comblera.

Dans leurs yeux, j'y vois la malice. Une malice attendrissante, émouvante, innocente. Une malice rieuse  qui dessine sur mon propre visage un sourire souvent complice.

Dans leurs yeux, j'y vois les larmes. Des larmes que j'essuie d'un tendre baiser sur leurs joues rebondies. Des petites larmes que j'aimerais tant ne jamais voir poindre mais contre lesquelles je suis et serai bien souvent impuissante.

Dans leurs yeux, j'y vois parfois la peur. Une peur bien irrationnelle : celle de ne plus trouver le chemin de mon coeur. Alors, je les rassure en leur murmurant dans le creux de l'oreille les mots que seul l'amour d'une mère est capable de dicter.

Mais surtout dans leurs yeux, j'y vois l'amour. Un amour vrai, sincère, sans fioriture ni détour. Un amour fort et indéfectible qui m'attendrit chaque jour un peu plus. Et c'est cet amour si beau et si pur que je leur renvoie en miroir, dans mes propres yeux.