deuil périnatal

Larmes muettes

95a508 0eb394b2c425c8a832d005abf07649c1Cela fait trois fois que je recommence ce texte. Trois fois que les mots ne viennent pas, ou viennent trop. Trois fois que mes mains tremblent en tapant ces quelques lignes, trois fois que mes yeux deviennent torrents parce-que la blessure est toujours à vif.

 

J'aurais voulu vous parler de la joie que j'avais ressentie à la vue du test positif.

 

J'aurais voulu vous parler de mon ventre qui s'arrondissait, des cabrioles que mon bébé faisait déjà, preuve de la vie qui poussait en moi.

 

J'aurais voulu vous parler de l'excitation qui nous gagnait juste avant la première échographie qui allait nous montrer notre petit bébé et, peut-être, nous dire s'il allait s'appeler Juliette ou Louis.

 

Ca, j'aurais pu.

 

J'aurais voulu vous parler de ce monde qui s'effondre quand le gynéco a secoué la tête, en nous disant que ce bébé n'était pas en forme.

 

J'aurais voulu vous parler de ces oedèmes qui déformaient le corps si fragile de notre enfant.

 

J'aurais voulu vous parler de cet espoir infime qui nous faisait croire que ça pouvait s'arranger.

 

J'aurais voulu vous parler de cette journée du 24 juin durant laquelle j'ai donné naissance à ma minuscule petite Juliette, sans toutefois lui donner la vie.

 

J'aurais voulu vous parler de ce cri de douleur d'un papa qui venait de découvrir et perdre sa fille en même temps.

 

Ca, j'aurais pu.

 

J'aurais voulu vous parler de ces soirs où j'embrasse tendrement mes enfants en me disant qu'il manque un lit à border.

 

J'aurais voulu vous parler de ces instants où, seule, j'adresse des paroles muettes et volantes à ma troisième fille.

 

J'aurais voulu vous parler du manque qui se creuse tous les jours un peu plus dans mon coeur meurtri.

 

J'aurais voulu vous parler de cet amour puissant qui ne se dit pas, qui se cache derrière les convenances.

 

J'aurais voulu vous parler de ces pensées qui me la font imaginer semblable à ses soeurs, petite blondinette aux grands yeux noirs et au rire espiègle.

 

Mais ça, je ne peux pas.

 

Alors, je panse cette plaie tous les jours en espérant qu'elle cesse enfin de saigner. Et je dissimule derrière un sourire de façade toutes ces larmes qui ont désormais l'élégance de ne couler qu'à l'intérieur.

Juliette

Little angel 1207570 m

Je sais bien que c'est insensé

Mais comment ne pas y penser ?

Tu as vécu en moi

Pendant près de trois mois

Tu as dû t'envoler auprès des anges

Pour t'éviter de cruelles souffrances.

La maladie t'a arrachée à notre amour

Mais dans nos cieux, tu brilleras toujours.

Mon ventre, vide et creux désormais,

Aimerait refaire ce nid dans lequel tu dormais

Pour un petit frère, pour une petite soeur

Qui se tiendra là, au fond de nos coeurs

Juste à côté de toi ma Juliette chérie.

Je sais bien que c'est insensé

Mais comment ne pas y penser ?

L'envie de redevenir maman

Est encore plus forte qu'avant

Ce besoin de donner la vie

En moi hurle et grandit.

Personne ne te remplacera jamais !

Tu seras pour toujours notre bébé

Notre force et notre faiblesse

Notre troisième petite princesse

Notre éternelle étoile filante

Je sais bien que c'est insensé

Mais comment ne pas y penser ?