burn out

Burn out

Sad silhouette 1080946 m6h30 : Bébé hurle dans sa chambre et me tire d'un sommeil déjà agité. Je me lève d'un bond pour éviter que tout le reste de la famille ne soit réveillée par les vociférations du plus jeune. Non, je ne veux pas que les filles se réveillent tout de suite, laissez-moi encore une heure...Une toute petite heure.

Mes jambes sont lourdes et peinent à me porter. Ma tête est serrée dans un étau de fatigue et j'ai l'impression que mes paupières ne s'ouvrent plus entièrement depuis des semaines. Je soupire en sortant Bébé du lit et, sans un regard, je le dépose dans sa chaise haute. Les gestes s'enchaînent machinalement : biberon (à laver de la veille), lait, céréales. Je secoue le tout et le tends à un Bébé heureux de casser la croûte. Je le regarde sans le voir. Mes yeux se perdent dans le vide. Parfois, un pâle sourire s'affiche, en voyant les mimiques de mon fils.

 

"Mamaaaaaaaaaan !" Des petits pieds courent la cavalcade jusqu'à moi et deux paires de petits bras s'accrochent à mon cou. Je serre mes filles contre moi et je tente de faire taire cette voix dans ma tête : "Non, pas maintenant, pas encore ! Lâchez-moi, laissez-moi respirer !"

A nouveau les mêmes gestes, à nouveau la même langueur.

Les enfants dicutent, puis piaillent, puis hurlent. Et je hurle plus fort qu'elles parce que je ne supporte plus le bruit. J'ai l'impression que ma tête va exploser. Mes oreilles sont arrivées à saturation et le moindre éclat de voix les fait vibrer de manière violente. Je veux du calme, du silence. Même le tic-tac de l'horloge est une provocation.

Elles se taisent...30secondes.

"Maman, je pourrais avoir du jus de pomme ?

- Maman, j'ai sali mon pyjama ! (et de pleurer parce que c'était son short préféré.)

- Maman, j'aime pas !

- Maman, j'en veux plus !

- Maman, je veux faire caca !

- Ouiiiinnnnnn !"

 

Cette litanie durera toute la journée, je n'aurai pas une minute de répit, je le sais. Les tâches s'enchaîneront dans un rythme cadencé et soutenu. Il sera souvent entrecoupé de demandes enfantines, de bêtises à éponger et de chagrins à consoler. Mais en dépit de mes efforts, ma maison est comme ma tête : en bordel permanent.

 

Le plaisr a disparu. Pas entièrement, il y a parfois des bribes qui réapparaissent, au détour d'une réflexion qui m'aura fait un peu rire ou d'un câlin réconfortant. Mais elles sont vite effacées par ce quotidien pesant et annihilant qui ravage tout sur son passage.

Il n'y a plus tellement de tendresse non plus. Elle a laissé place à l'agacement et aux cris. Je ne parle plus, je ne sais plus parler. Je hurle, en permanence. Et quand j'en ai assez de hurler, je me tais. Je ne leur adresse plus la parole, sauf pour leur donner des ordres :

"Range-moi ça.

- Arrête !

- Laisse-moi tranquille.

- Tais-toi.

- Tais-toi !

- TAIS-TOI !!"

 

Et je m'en veux, fatalement. Après les avoir couchés le soir, à la fin d'une journée riche en demandes en tout genre, en cris et en incompréhension, je file sous la douche et je pleure. A chaudes larmes, faut que ça sorte, que j'évacue toute cette rancoeur que je nourris à mon encontre. Je m'en veux d'être comme ça, je me déteste d'être comme ça. Parce que je les aime à en crever, parce qu'ils sont tout ce que j'ai de plus cher au monde, parce que je n'imagine pas un seul instant vivre sans eux. Alors, je me dis que demain, je ferai mieux, je serai une meilleure maman. Mais le lendemain, dès 6h30, je saurai que la journée sera la même et je saurai que le soir, ils se coucheront en se demandant si leur maman les aime encore. Et le simple fait de penser ça me détruit encore plus. Je ne veux pas qu'ils s'imaginent que je vais les abandonner, que c'est de leur faute. J'aimerais leur offrir tellement de choses et j'en suis incapable.

 

Le souci, c'est que je ne peux pas vraiment en parler, au risque d'essuyer des remarques déplacées :

 

" Tu es à la maison, tu ne peux pas être fatiguée !

- Pourquoi en as-tu fait un troisième si tu es si fatiguée ?

- T'en as voulu trois, tu assumes maintenant !

- Pourquoi tu les as faits si rapprochés aussi ? Je t'avais dit que c'était une connerie !"

 

Alors, je le garde pour moi, nourrissant ainsi ce monstre noir qui me bouffe les entrailles. Le tabou sur le burn out maternel reste bien enfoui dans nos girons et il n'en sortira pas, faute de compréhension.