biographe

Ad vitam

A6d65f14898f1aa38c25c17e3b658418Amélie trépignait sur le parvis. Tout le monde était déjà entré et un brouhaha s'élevait dans l'enceinte de l'église. Ce sera bientôt son tour d'arpenter l'allée centrale, sous les regards braqués sur elle. Elle serra un peu plus fort son bouquet de tulipes contre elle. Ces fleurs, c'était son choix, elle n'en voulait pas d'autres.

 

Ce sera bien vite fini. Dans une heure, le mariage sera célébré et elle pourra ensuite s'étourdir dans les vapeurs d'alcool de l'apéritif. Elle devait être forte. Ne pas faiblir.

Les premières notes de la musique de Mendelssohn retentirent, faisant instantanément taire les invités impatients. Mais pourquoi maintenant ? C'est beaucoup trop tôt !

Elle passa la porte et vit Frédéric au loin, droit et solennel dans son élégante tenue de marié. Comme il était beau ! Son air grave et ému la faisait fondre plus que d'accoutumée. Son coeur battit encore un peu plus fort et elle dut faire un effort pour camoufler les tremblements de ses jambes.

Des flashs retentirent à son passage lorsqu'elle traversa la nef. Elle regardait toutes ces personnes venues exprès pour eux, en ce jour si spécial. Elle voyait des visages souriants, partout. Seul celui de sa mère restait crispé. Elle était la seule à savoir ce qui se jouait ce jour-là. La lèvre d'Amélie frémit en voyant le regard triste de sa mère mais elle détourna vite la tête, afin de ne pas se laisser aller à une émotion inconvenante.

 

Elle se mit à sa place et attendit. La musique cessa au bout de longues minutes et le silence s'installa. Le prêtre prit alors la parole, et ses mots résonnèrent dans l'église recueillie. Il parla de l'amour franc et sincère qui liaient les futurs mariés puis dicta leurs droits et devoirs, l'un envers l'autre. Frédéric semblait heureux. Ses lèvres étiraient un sourire discret et ses pupilles brillaient de toute sa joie contenue. Cela serra encore un peu plus le coeur en miettes d'Amélie. Elle tripotait machinalement les tiges de ses fleurs en serrant les dents. Elle pouvait pleurer après tout, cela passerait sûrement pour une forte émotion tout à fait concevable. Mais elle craignait d'être trahie sur ses véritables sentiments. Elle préféra donc enfouir tout cela bien profondément dans sa chair, créant une nouvelle plaie parmi toutes les autres laissées par le temps.

Elle écouta les discours plutôt gentils des proches et des amis. Ce qu'ils disaient sur Frédéric était vrai : un homme brillant, fidèle et juste dont la bonté n'avait d'égal que la générosité. Elle le reconnaissait bien dans ces paroles. Il n'avait pas changé depuis toutes ces années. Il avait toujours su rester le même. C'était sans doute pour cela qu'elle l'aimait autant.

 

Une nouvelle musique envahit le choeur. Le canon de Pachelbell cette fois-ci. Elle adorait cette musique et se laissa alors envahir par les accords envirants de ce grand classique. Elle ferma les yeux et serra un peu plus fort le bouquet contre elle. Elle repensa à ces dernières années écoulées, faites d'espoirs et de frustrations. Tous ces sentiments contradictoires avaient détruit petit à petit son coeur jusqu'à cette journée qui l'achevait définitivement dans un jeté de riz et de confettis. Elle savait qu'une fois les dernières notes jouées, ils échangeraient leurs consentements mutuels, scellant à jamais une union qu'elle ne voulait pas, qu'elle n'avait jamais voulue.

 

Elle entendit le prêtre demander à Frédéric s'il souhaitait la prendre pour épouse, l'aimer, la chérir, jusqu'à ce que la mort les sépare. Son "oui" retentit comme un coup de feu, la touchant en plein coeur. Elle gémit. Cétait fait. Plus rien ni personne désormais ne pourrait mettre un terme à ça. Le reste de sa vie ne serait pas suffisant pour se reconstruire.

 

Elle jeta un coup d'oeil à sa mère qui essuyait discrétement ses yeux. Cette vision fit tomber les barrières fragiles qu'elle avait maladroitement posées autour de son âme. Telles des coulées d'acide, les larmes ruisselèrent le long de ses joues.

 

Elle tourna la tête au moment du baiser.

 

Elle n'avait pas la force de voir Frédéric embrasser sa meilleure amie, devenue sa nouvelle épouse.

Nouvelles bottes

Red rubber boots 1068805 mElisa venait d'enfiler ses nouvelles bottes. Elles étaient bien jolies, toutes rouges. Elles faisaient un drôle de bruit quand elle marchait. Sa maman lui avait mis son imperméable. Elle était prête !

La porte du jardin s'ouvrit et Elisa s'élança jusqu'au muret du fond. Elles couraient drôlement vite ces nouvelles bottes ! La petite fille s'arrêta devant un champignon, qui avait dû pousser dans la nuit puisqu'hier, il n'était pas là. Ou alors, il était tombé du sac d'un petit lutin qui avait traversé son jardin pour rejoindre ses amis, de l'autre côté du muret, chez sa copine Clémence. Oui, c'était sûrement ça. Et si elle essayait de le retrouver ?

La fillette se mit à genoux dans la terre détrempée à la recherche de traces de pieds minuscules. Difficile de voir à travers ces épaisses touffes d'herbe. Elle se pencha un peu plus encore et écarta délicatement les brins. Rien ici...Allons voir plus loin. Ah ! Ici, une trace ! Le coeur de la petite fille s'emballa. Toujours à quatre pattes, elle arpenta le jardin à la poursuite de son petit lutin. Elle espérait le dénicher derrière une fleur ou au détour d'un pissenlit. Mais il demeurait insaisissable ce petit filou. Alors, elle s'assit au pied du grand chêne, lassée de ne rien trouver.

Ooh, la belle fleur rouge ! Elle la cueillit immédiatement et froissa ses pétales entre ses doigts. C'était tout doux. Elle renifla son coeur : ça sentait bon.

Tant pis pour le petit lutin, il était l'heure de faire un peu de balançoire. Elle s'approcha du portique et prit place sur le siège incurvé. Un peu d'eau de pluie y stagnait, vite balayée par les petites mains potelées de l'enfant. Ses jambes montèrent bien haut dans le ciel. La balançoire se mit en mouvement et instantanément, Elisa eut cette formidable sensation de voler. Elle rit aux éclats en sentant les fines gouttes de pluie lui caresser le visage. Le vent faisait s'envoler ses boucles blondes.

Soudain, elle l'aperçut. Elle en était sûre : c'était bien un petit chapeau pointu qui courait, là-bas, vers le potager. Il va voler des carottes ! Vite, il faut le rattraper ! Elle arrêta la balançoire et se précipita vers les plants de légumes. Trop tard, il avait filé. La fillette soupira. Il était bien trop rapide pour elle

Son regard fouilla les alentours et ce qu'elle découvrit la mit en joie : une flaque ! Une immense flaque d'eau n'attendait que ses nouvelles petites bottes. Elle sauta à pieds joints dedans en poussant des petits cris de joie.

 

Derrière la fenêtre du salon, Sonia la regardait, un triste sourire sur le visage. D'ordinaire, elle aurait vite grondé sa fille pour l'état dans lequel elle avait mis sa tenue. Elle l'aurait arrêtée avant même qu'elle ne fouille le jardin à la recherche de son petit lutin. Elle ne supportait pas la moindre tache sur les habits, n'aimait pas que sa fille se roule par terre et ne se tienne pas convenablement. Elle avait du mal à saisir cet univers enfantin, n'ayant jamis eu vraiment le droit de l'explorer. Elle devait toujours bien se tenir, ne pas rire trop fort, ne pas parler pour ne rien dire. Alors, il lui paraissait naturel d'élever sa propre fille de la même façon.

Mais aujourd'hui, elle la laissait faire, prenant pour elle une part de son bonheur enfantin. Elle le dégustait comme une liqueur : doux, sucré et enivrant. Elle remuait machinalement un café qui était froid depuis longtemps. Son téléphone était posée sur la table à côté d'elle. Elle venait de raccrocher. C'était son père. Sa mère ne passerait plus aucun Noël avec eux.

 

Elle posa sa tasse et courut dans son placard prendre une paire de bottes. Elles n'avaient encore jamais servi car Sonia craignait de ne pas s'y sentir bien. On les lui avait offertes il y avait bien longtemps mais elle trouvait qu'elles ne lui convenaient pas du tout. Il était temps qu'elles sortent un peu.

 

Sonia les enfila et rejoignit Elisa dans la flaque. Elle sauta vivement dedans, arrosant au passage sa fillette hilare et étonnée de voir sa mère s'amuser ainsi.

 

"Elles sont belles tes bottes maman.

- Oui, je les aime bien aussi. Je me sens à l'aise dedans finalement."

 

Elle embrassa sa fille avec tendresse et, regardant par dessus son épaule, elle s'écria :

"Là-bas, regarde ! Un chapeau pointu !"

 

Et elle s'élança vers le jardin, suivie par des boucles blondes au rire cristallin.

Décomplexée

Prince 1282775 m"Espèce de mère indigne !" me suis-je déjà entendu dire, avec ou sans sourire. Tout ça parce que pendant la sieste de Bébé, je mets mes écouteurs sur les oreilles et que si je l'entends pleurer, je monte le son (suffit de pas grand chose pour choquer les gens, c'est dingue !). Mais en fait, je ne suis pas du tout une mère indigne, je suis une mère décomplexée.

C'est quoi la différence ? Indigne implique une part de responsabilité que je ne ressens absolument pas.

Un exemple : votre copine, mère parfaite s'il en est (c'est à dire enfant toujours propre sans morve collée sous le nez, elle toujours bien sapée et brushée avec un maquillage subtil et qui sent bon le gâteau fait maison), se vante que Junior, 18 mois, lui a dit la veille :"Ô maman, tu es tellement merveilleuse.". En plus de l'admiration que cette tirade doit susciter chez nous, nous devrions aussi nous sortir un brin complexées. Ben oui, la seule chose que Bébé, 2 ans et demi, arrive à dire, c'est "Tato" (=gâteau ou saucisson, au choix) ou "caca" (pas besoin de traduire, tout le monde comprend, surtout quand il le dit avec un large sourire et une odeur de poubelle faisandée). Logiquement, dans l'esprit pervers de cette perfection maternelle, je devrais me jeter sur un Bescherelle et le lire en entier à Bébé. Eh bien non ! Je vais me contenter de féliciter comme il se doit le petit génie à la raie au milieu ("C'est formidable, bravo gamin ! Si tu veux, tu peux finir mes mots flêchés !") devant sa mère extatique. Puis, je vais prendre mon Bébé par la main, direction la salle de bains, car il vient de prononcer l'un de ses mots favoris.

Autre exemple : c'est l'heure du dîner et je sors mon arme favorite, à savoir un sachet de nouilles. Bébé sautille de joie et file chercher le fromage râpé dans le frigo. Sauf que, de fromage râpé, il n'est plus. Drame, pleurs, hurlements et roulades par terre ponctuent la scène. Pas le choix, je dois appeler WonderMaman :

"Salut Cécile. Dis, t'aurais pas un peu de fromage râpé à me dépanner ?

- Si, pas de soucis.

- Je ne t'en prive pas au moins ?

- Non, ne t'en fais pas, on n'en mange pas avec le boeuf stroganoff !"

Elle croit m'impressionner avec son boeuf strogatruc ? Pourquoi se casser la tête avec des trucs compliqués alors qu'on réjouit un petit bout avec une poignée de nouilles et du fromage râpé ? Hein ? Franchement, je vous le demande ! Et quand, le lendemain, à la crèche, j'ai appris que Junior avait été malade toute la nuit, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir un petit rictus. Oh, il était moche ce rictus ! J'en ai profité pour glisser à Cécile qu'une simple assiette de pâtes lui aurait sauvé un dîner et une paire de draps. Oh, je sais bien qu'il faut éduquer les enfants au goût et tout le tintouin, mais en fin de journée, la seule éducation que je prône, c'est l'éloge de la tranquillité.

Bien sûr, Junior est propre alors que Bébé aime ses couches d'un amour déraisonné. Bien sûr, Junior a toujours des habits frais, bien repassés et sans taches tandis que Bébé peut aller à la crèche avec un petit trou dans le pantalon. Mais Bébé a le droit d'aller jouer dans la boue si ça l'amuse, de se rouler par terre à la recherche de petits lutins de pelouse, de patauger dans une petite flaque d'eau, de faire une soupe avec du sable, de l'herbe et tout ce qui lui tombe sous la main. Et tant pis s'il revient avec des habits ruinés. Son sourire et ses joues rosies par le plaisir qu'il a eu à jouer effacent instantanément tous ces petits désagréments.

"Ooh, tu le laisses jouer avec ça ??" s'indigne WonderMaman en voyant Bébé se maquiller à la craie.

Ben oui, parce que son apparence et ses aptitudes à agir comme un grand, je m'en fous ! Il grandit à son rythme et à sa façon et tant pis si ça dérange. Parce que oui, parfois ça dérange :

"Oh, il n'est pas encore propre ? Tu le fais suivre ?" (oui, par le GIGN !)

"Il ne parle pas beaucoup quand même ... " (Ça me change des pipelettes qui ne peuvent pas s'empêcher de parler pour ne rien dire !)

"C'est normal qu'il mange avec ses doigts ?" (Oui, surtout la soupe, il adore ça !) ... et j'en passe !

Il est heureux, c'est tout ce qui compte. Non ?

C'est psychologique ma p'tite dame

10685419 767977376615138 1920917453404261846 n"C'est psychologique ma p'tite dame !"

La première fois qu'elle a entendu cette phrase, c'était il y a un an, tout juste. Elle venait consulter son médecin pour des vertiges et des fourmillements dans les mains. Rien de bien grave mais ça devenait pénible au quotidien. Son médecin, après une classique prise de tension, avait décrété que son moral lui jouait des tours et qu'elle devait se reposer.
Quand elle est revenue un mois plus tard pour des faiblesses chroniques de sa main et des maux de tête, la réponse fut exactement la même :

"Avec six enfants, c'est normal d'être fatiguée !"

Ni ses maux de tête de plus en plus violents, ni ses crampes perpétuelles dans les jambes ne purent faire changer le discours de ce médecin sûr de lui.

Elle commençait à se résigner, se remettant en cause. Après tout, si son docteur le lui dit, c'est que c'est sûrement ça. Pourquoi remettre sa parole en cause ? Elle était dépressive, point barre.

Une de ses amies, toutefois, lui conseilla d'aller voir son propre médecin, en qui elle avait toute confiance. Sceptique mais décidée à trouver une véritable raison à tous ses maux, elle se résolut à lui rendre visite. De véritables examens ont alors été menés et en avril, le verdict tombe : méningiome. Cette tumeur bénigne du cerveau lui bouffait presque la moitié de la tête.

Les rendez-vous s'enchaînèrent : neurochirurgien, anesthésiste...Et le 19 mai, la tumeur de la taille d'une poire fut retirée lors d'une opération délicate qui dura 8 heures au lieu des 4 prévues.

Le réveil est douloureux, la cortisone sera son alliée durant de longues semaines. Les maux de tête sont toujours là et ne la quitteront jamais mais les fourmillements et mouvements involontaires de ses membres ont cessé. C'est déjà ça !

Et puis, en juillet, une nouveauté survint : les vomissements. Rien de bien alarmant, sûrement une surdose de cortisone, un ras-le-bol de tout son corps. Ca va vite passer !

Sauf que ça ne passe pas...

Bien au contraire.

De petits vomissements isolés, ils deviennent quotidiens puis systématiques, après chaque prise de nourriture. Plus rien ne reste dans ce corps qui s'amaigrit de jour en jour.

Les rendez-vous médicaux recommencent. Le médecin qui a su trouver le méningiome mais qui n'a reçu qu'un très succint compte-rendu opératoire, l'envoie passer un scanner cérébral. Avant l'examen, la neurologue disait, douce et attentive :

"Cela vient forcément de votre opération. Ca ne doit pas encore être bien en place...On va aller voir ça et sûrement trouver de quoi il retourne."

Après l'examen, elle disait, sèche et expéditive :

"Il n'y a rien, c'est psychologique !

- Mais vous avez eu le compte-rendu opératoire ?

- Euuuh...vous savez...c'est toujours difficile à avoir ...et ... Bon, je dois vous laisser, au revoir;"

Et le téléphone raccrocha sur de nombreuses interrogations.

La revoilà avec ses doutes, ses craintes et aucune réponse. "C'est psychologique"...Retour à la case départ.

30 kilos plus tard, il est temps de s'inquiéter de nouveau.

Son médecin est désarmé, démuni. Il lui fait faire une prise de sang un peu poussée : un taux de cortisol à peine plus élevée que la moyenne ne justifie pas cette anorexie, ni le fait qu'en dépit de tout ça, elle garde une forme olympienne. Parce qu'il est là le mystère : elle ne mange rien du tout depuis presque 5 mois, dort peu ou prou et malgré tout, elle a une énergie folle. Elle devrait être amorphe, épuisée par ce si long jeûne involontaire, mais il n'en est rien ! Et ça, ce n'est vraiment pas normal.

Nous sommes en janvier 2015. Elle est méconnaissable : ses joues creuses trahissent le manque de nourriture que son corps rejette toujours, les os saillent sous une peau blafarde et les cernes dessinent des ronds noirs autour de ses yeux fatigués. Mais malgré ces signes physiques d'un épuisement total, son énergie est surréaliste. Même sa tension à 8 ne lui fait pas trembler les genoux. Que se passe-t-il dans ce corps malade ? Et pourquoi personne ne prend soin d'elle ?

En le revoyant, son médecin l'envoie à l'hôpital auprès d'une endocrinologue "qui la croit". Et ça lui fait du bien d'être enfin crue et entendue. Elle doit passer de nombreux examens qui permettraient de voir précisément ce qui se passe.

Elle entre confiante un mercredi après-midi.

Elle en ressortira dépitée deux jours plus tard : elle n'aura eu qu'une banale prise de sang. Le scanner prévu a été annulé au dernier moment. Les plateaux repas repartaient intacts, sous les remarques gentilles des infirmières : "Il faut essayer de manger, même un peu."

Elle ne cherchait même plus à leur répondre.

Alors, elle a quitté l'hôpital, le bras abîmé par un cathéter qui n'aura servi à rien.

Le coeur blessé par ce manque évident de considération.

L'âme meurtrie par ce sentiment horrible qu'on la renvoie chez elle pour mieux y dépérir, loin des regards, parce qu'elle est un mystère médical.

La tête résonnant encore de ces derniers mots que l'endocrinologue lui a dit avant qu'elle ne parte :

"C'est psychologique ma p'tite dame !"

Cette jeune femme, c'est une de mes amies, une femme incroyablement forte et volontaire mais qui aujourd'hui, n'en peut plus, est fatiguée de se battre et d'essayer de convaincre ces têtes pensantes qu'elle n'est pas dépressive, ni anorexique mentale. Que ce dont elle souffre est incontrôlable et probablement une séquelle grave de son opération. Mais les médecins se cachent, se renvoient la balle, se protègent les uns les autres. Elle veut s'en sortir pour elle, pour ses enfants et pour son amoureux, qu'elle épousera en août prochain. Mais elle a peur que ce jour ne vienne jamais, parce que des médecins ont décrété que son mal était psychologique. Mais elle veut savoir, elle veut guérir, et elle veut avancer.

Mais surtout, elle veut vivre !

L'incroyable pouvoir des Autres

944773346-small.jpgLes Autres...Ils sont partout, nous entourent ont une activité commune favorite : donner leur avis sur tout et, de préférence, sur ce qui ne les regarde pas. Mais surtout sur ce qui te regarde, toi. Autrement appelés "les Gens", les Autres ont cet incroyable pouvoir de te faire changer d'avis sur quelque chose que tu pensais être sûr, de te faire culpabiliser et de te rendre chêvre. La question que l'on se pose alors, c'est "de quel droit ?". De quel droit les Autres se permettent-ils de juger ta vie ? De quel droit peuvent-ils estimer que leurs dires valent mieux que les tiens ? De quel droit ont-ils cette volonté farouche de te faire changer d'avis alors que toi, tu sais parfaitement ce qui est bon pour toi. Oui, de quel droit ?

Pour certaines Gens, c'est un droit acquis : leur vie est tellement minable qu'ils ne peuvent s'empêcher d'aller ruiner celle des autres. Pour d'autres, c'est surtout l'incompréhension qui prime. "Tu as 6 enfants ?? Tu vas t'arrêter là, hein ?!" "C'est complètement con d'être locataire alors que tu pourrais acheter !', "Arrête de te plaindre, t'as tout pour être heureuse !". La jalousie est un levier très utilisé aussi, mais plus sournois, plus insidieux : "Arrête de dire que c'est l'homme de ta vie, tu vois bien que c'est un abruti !!" (sous-entendu : "rejoins-moi dans ce célibat qui me pèse! ! T'as pas le droit d'être plus heureuse que moi !")

Mais chez une infime partie de ces Gens, les avis sur ta vie se changent en précieux conseils. Ces gens-là ont l'incroyable pouvoir de se mettre à ta place, sans te juger. Ils te prodiguent du bon sens quand tu ne sais plus dans quelle direction aller. Ils savent, à un moment précis, ce qui est réellement bon pour toi quand toi tu t'enferres dans une situation difficile. Ils savent te faire rire dans les moments les plus durs, savent t'écouter sans porter aucun jugement, savent entendre derrière tes mots tes véritables sentiments. Ces Gens-là, on les appelle des amis. Ils sont rares, précieux et indispensables. Ne les confonds jamais avec les autres Gens, ceux qui ne pensent que par eux-mêmes et qui ne connaissent pas le principe de l'empathie. Prends-en soin comme ils prennent soin de toi. Une vie sans amis n'a aucun sens. On a tous besoin d'une oreille attentive et objective, d'une personne sur qui compter à tout moment de la vie, de partager des moments de joie intense avec quelqu'un qui nous est cher.

Et une simple et franche rigolade autour d'un bon café, il n'y a que ça de vrai. !

Ma liste de courses

shutterstock-108424703-caddie-courses3.jpgHier, mon chéri a eu la gentillesse de me proposer d'aller faire les courses. Je devais donc lui faire une liste. Je m'ennuyais un peu alors voilà ce que je lui ai pondu :

Voici la liste des denrées à rapporter au foyer doux foyer

- Production laitière d'une vache de race normande (de préférence) (= lait*6)

- Boisson issue d'une source miraculeuse aux vertus rafraîchissantes et à la pureté cristaline (= 1 pack de flotte)

- Douceur sucrée généralement consommée en fin de repas et qui saura ravir des papilles adultes et matures (= prends ce qui te fait plaiz' pour ce soir !) (ceci est facultatif mais fortement recommandé par une maîtresse de maison en manque de chocolat !)

- Produit(s) alimentaire(s) de quelque sorte que ce soit qui fera(ont) office de souper à des estomacs enfantins mais aussi trentenaires (= je s'rais pas contre un peu d'légumes mais j'sais pas trop comment...) (sinon, un plat de choucroute pour nous et de la soupe en brique pour les filles ! Niark niark niark!)

- Produit laitier généralement pasteurisé, se présentant sous forme ronde, voire ovoïde pour certains modèles, à la croûte blanche et douce (=un claquos, si tu veux un bout de frometon ce soir !)

- Un produit céréalier, généralement confectionné par un boulanger de bonne facture (pas trop salée quand même)

- Poudre blanche qui a la faculté de me mettre véritablement en transe (=1 kg de sucre)

- Graines récoltées par un gringo d'Amérique du Sud et réduites en poudre par un pignouf d'industriel européen (= un bon vieux kawa bien serré !)


Dommage que ma boîte mail ait planté au moment de l'envoi, je m'en suis retrouvée réduite à envoyer un malheureux SMS : café, eau, lait, ce soir, bisous.

Amour à mort

alone-867275-m.jpgAssise à terre, contre le mur, elle tient sa tête entre ses mains et ses genoux sont repliés sur sa poitrine. Elle ne pleure pas. Elle ne pleure plus depuis longtemps de toute façon. Sa tête lui fait mal. Bien plus que ses bras ou son ventre. Elle entend ses pas aller et venir dans la pièce, c'est assourdissant. Elle veut le silence, le calme. Elle veut qu'il lui foute la paix, une bonne fois pour toutes.


Pourtant, au début, ce n'était pas vraiment comme ça. Au début, il était gentil avec elle. Doux et tendre même. Il l'a vite protégée et l'a installée chez lui au bout d'une semaine.Ca tombait plutôt bien, elle n'avait nulle part où aller. Pour la protéger toujours, il lui a dit que ce n'était pas la peine qu'elle travaille, il pouvait tout assumer. Alors, elle restait à la maison, à l'attendre. C'était bien, elle était tranquille. Il faisait les courses, elle n'avait même pas besoin de sortir. Elle pouvait rester à la maison, au chaud. Elle appelait sa maman et le peu d'amies qui lui restait. En revanche, elle n'avait pas le droit de les voir. Oh, elle a bien essayé une fois ! Mais à son retour, il l'a giflé en la traitant de pute et de traînée. C'est vrai qu'elle ne l'avait pas prévenu. C'était sous le coup de l'inquiétude, comment lui en vouloir ? Suite à ça, il a changé un peu. Les insultes devenaient quotidiennes mais après tout, on lui a toujours dit qu'elle était une moins-que-rien, une ratée. Elle ne récoltait que ce qu'elle méritait. Elle a bien essayé de se défendre mais quand il est en colère, sa main part vite et claque fort. Alors, elle le laissait dire. Les rares fois où elle sortait, il l'appelait chaque minute pour savoir où elle était et avec qui. Il scrutait sa tenue, toujours pour sa sécurité, et s'énervait vite si c'était trop décolleté ou trop moulant. Il ne voulait pas qu'il lui arrive quoi que ce soit ou qu'elle fasse de mauvaises rencontres. Et puis, un soir, les simples gifles n'ont plus suffi. Il rentrait de réunion entre collègues et sentait fort l'alcool, plus que d'habitude. Ses affaires allaient mal, il se savait sur la sellette. Il avait besoin de se défouler. Elle était là. Un seul mot a suffi à déchaîner sa colère. Il a regretté après. Il lui a dit à quel point il l'aimait et tenait à elle. Il lui a promis que ça ne recommencerait jamais et qu'il changerait. Elle l'a cru et lui a pardonné.

Mais ça a recommencé, de plus en plus souvent, de plus en plus fort. Mais il était tellement malheureux, s'en voulait tellement s'être laissé emporter, qu'elle ne pouvait que s'attendrir, le comprendre et lui pardonner, encore et toujours. Il l'aimait, il allait changer. Il le lui a promis !

Elle presse un peu plus ses paumes sur son front. Ses doigts commencent à coller et le sang se fige sous son menton. Ses cheveux laissent échapper dans son dos un long filet rougeâtre. Il y est allé très fort aujourd'hui. Elle l'a mérité aussi ! Elle est sortie sans l'avertir, et en jupe en plus ! Elle voulait le provoquer. Elle ne sait plus très bien pourquoi maintenant mais ça n'a plus d'importance. Elle avait juste compris qu'il ne changerait jamais. Elle voulait en être sûre. La réponse est sans équivoque.

Son souffle devient court. L'étau qui comprime sa poitrine se resserre. Le bruit qui l'entoure s'étouffe. Elle a froid.

Avant de sombrer, elle sent une petite main se poser sur son épaule et un murmure lui caresser l'oreille : "Maman...Ne m'abandonne pas."

8 ans

8-ans-1.jpgAssis sur ton banc d'étudiant, tu semblais perdu. Visiblement étranger dans un univers qui n'était pas le tien, le regard porté vers l'ailleurs. Tu avais des rêves plein la tête mais des soucis comprimaient ton coeur. Je te sentais fragile, je te savais sensible. J'ai tout de suite compris que ce serait Toi.

Les années se sont écoulées, douces-amères, teintées de regrets et d'attente. Aux yeux de tous, tu étais mon meilleur ami, mon confident. Mais au fond de moi, tu étais bien plus que ça. Je papillonnais à droite, à gauche, tentant de t'effacer de mon coeur mais tu refusais de laisser ta place à quelqu'un d'autre. Vainement, j'essayai de me raisonner, persuadée que jamais je ne trouverai grâce à tes yeux. Tu étais ma peine perdue, ma cause désespérée. Le simple son de ta voix suffisait à me faire fondre, le fait de te voir enflammait ma passion déjà dévorante. C'était un supplice exquis, une adorable torture.

Puis, j'ai dû partir, te laissant dans les bras d'une autre. J'avais aussi ma vie à construire. Un long silence de trois mois a suivi mon échappée. Je ne t'oubliais pas, je n'y arrivais pas. Je pensais avoir trouvé celui qui arriverait à t'évincer mais de toute évidence, je m'étais encore trompée. Mon couple s'étiolait, petit à petit. Et ton image ne me quittait pas.

Un petit message envoyé, un autre reçu...et ma vie bascula. Tu étais célibataire ! Mon coeur, jusque-là endormi, se réveilla en sursaut. Tu n'avais pas le droit de me faire ça ! Non non non ! Tu étais une bien trop grande tentation et, de toute façon, je n'étais pas faite pour toi. J'ai ravalé ma fierté et mes larmes et j'ai voulu t'aider. T'aider à aller mieux déjà, te faire reprendre confiance en toi. Chaque fois que tu me parlais de rencontres, je me brisais en mille morceaux mais t'encourageais à retrouver quelqu'un. Te rendre inaccessible, tel était mon but.

Cela a duré plusieurs mois. De très longs mois durant lesquels mon couple s'épuisait. Je me raccrochais à l'espoir fou que nous puissions vivre quelque chose tous les deux. Mais je me traitais de folle et essayais de sauver ce qui pouvait encore être sauvé.

Un jour pourtant, il fallut que ça cesse. Je devais savoir. Je devais avancer. Je voulais t'entendre me dire que je n'avais aucun espoir, que je n'étais qu'une très bonne amie mais que jamais rien d'autre ne serait entre nous. J'avais ce besoin infini de cesser d'y croire. Cela durait depuis 8 ans, c'était bien trop long. Nos discussions étaient souvent virtuelles et c'est face à mon écran d'ordinateur que j'allais jouer mon destin.

Nous avons commencé par des banalités. Tu venais de fêter ton anniversaire en famille. Je venais, une fois de plus, de me disputer avec mon compagnon. Puis, j'ai pris mon courage à deux mains et t'ai demandé ce que tu ressentais pour moi. Tu m'as alors répondu qu'il existait plusieurs formes d'amour sur terre et que, d'un certain sens, tu m'aimais. Ta réponse m'a refroidie et ma gorge s'est nouée. Mais notre discussion a continué, sur le mode badin. Je t'ai alors annoncé mon intention de revenir chez moi, c'est-à-dire proche de toi. Tu ne m'as pas caché ta joie et m'a alors assuré de tes nombreuses visites. "Pourquoi viendrais-tu souvent me voir ?" "Parce que c'est toi !" "Oui, mais pourquoi ?" "Tu veux que je te le répète ?" "Oui" "Parce que JE T'AIME". Je me suis sentie exploser :  8 ans ! 8 ans que j'attendais ces mots ! 8 ans d'amour mêlé à la renonciation ! Mes larmes ont jailli, je riais et sanglotais à la fois. Le bonheur inouï de cet instant me faisait suffoquer. J'ai lu une centaine de fois ces incroyables mots que tu venais enfin de m'écrire avec la même émotion. Je venais de jouer mon destin et j'avais gagné !

Depuis, les années s'écoulent, douces et tendres à la fois. La vie avec toi n'est pas telle que je l'avais imaginée : elle est mille fois mieux. Tu as réalisé tous mes rêves, assouvi toutes mes envies. Tu as fait de moi une femme que je n'osais espérer devenir un jour. Je suis une maman heureuse et épanouie, une épouse comblée et fière de son mari.

Cela fait maintenant près de 14 ans que je t'aime. 14 ans ...Quand je sais ce qui nous attend, 14 ans, c'est vraiment rien du tout !