Dans sa tête...côté pile

  • Par styl-o
  • Le Dim 28 Sept 2014
  • Commentaires (2)

Tears of my heart 467955 m"Elle vient de rentrer, toujours le même bruit de porte, toujours la même heure. Son parfum la précède à chaque fois. Je ne m'en lasse pas de son parfum, le même depuis que je la connais. Elle le portait déjà, ce fameux soir au théâtre où elle m'a fait tourner la tête et le coeur, où ma vie a radicalement changé. C'est comme une signature olfactive et si quelqu'un d'autre venait à utiliser le même, je le verrais comme un affront. Seule ma femme a le droit d'en asperger sa peau et ses foulards. Aaah, ses foulards...je me suis déjà surpris à enfouir mon nez dedans et à me remplir de ses senteurs. À chaque fois, une palpitation venait surprendre mon coeur endormi. C'était mon shoot, mon adrénaline, mon remède au blues. Qu'est-ce que je l'aime mon Amélie. Cela fait dix ans maintenant que je ne vis que pour elle et par elle. Elle m'a donné deux magnifiques petites filles qui sont mon rayon de soleil. Deux et quatre ans mes princesses. Emilie et Juliette. J'adore quand leurs rires d'enfant viennent chatouiller mes tympans. Elles sont la gaieté incarnée, la bonne humeur personnifiée."

Amélie posa rapidement ses affaires sur la chaise et s'assit près de son mari. Comme à son habitude, elle lui prit doucement la main et la caressa de la pulpe de son pouce :

"Bonjour mon chéri, tu vas bien ?"

Et dans un flot de paroles continues, elle parla de sa journée, de ce qu'elle avait fait, de ses envies, simples et réalisables, de son quotidien sans heurts ni fantaisie. Un peu morne pour tout dire. Le ton qu'elle employait était monocorde et l'enjouement avait disparu depuis longtemps.

"J'aime bien, quand tu me parles. Je ne te réponds pas parce-que je ne vois pas trop quoi ajouter mais le son de ta voix est une mélodie à elle-seule. Et ta main est toujours aussi douce."

Puis, elle se tut, pensive. Le silence envahit l'espace. Le pouce continuait ses caresses dans un geste mécanique. Soudain, elle ricana. Oh, comme il était triste ce ricanement.

"Mais à quoi pense-t-elle ? Sûrement au mal que je lui ai fait...Comme je m'en veux ! Je suis vraiment un crétin ! Comment ai-je pu lui faire ça ? À elle mais aussi aux filles ! J'ai tout foutu en l'air en une fraction de seconde... par vanité. La crise de la quarantaine ça s'appelle...Pffff, tu parles d'une connerie ! Je suis bien avancé maintenant. Mon avenir est fichu. J'ai tout gâché."

Le silence, lourd comme une chape de plomb, fut brisé par un petit frappement à la porte.

"Je reviens", murmura Amélie en se levant.

"C'est encore Lui, je le sais bien. Je ne peux pas t'en vouloir ma chérie, je ne peux plus vivre égoïstement. Je dois te laisser vivre ta vie et sans moi, ce sera nettement mieux. Tu pourras enfin avancer de nouveau. Je vais m'en aller et malgré tous tes efforts pour me retenir, tu sais très bien qu'il n'y a pas d'autres issues. Je ne peux plus gâcher davantage vos vies à toi et aux filles. J'ai fait le con, j'en paie le prix fort, c'est normal. Ca fait quoi, trois ou quatre mois que tu souffres autant à cause de moi ? Ca ne peut plus durer, j'en suis conscient. Je dois me comporter en homme et prendre mes responsabilités."

Elle rentra quelques minutes plus tard et reprit la main de son mari, un peu plus tendrement encore.

Son pouce essuyait sur son passage les larmes qui s'échouaient sur la main de son époux.

Commentaires (2)

Nelly
  • 1. Nelly | Lun 29 Sept 2014
Moi je dis qu'il va la tuer par jalousie ;-)
Très bon début en tout cas !
Styl'O
  • 2. Styl'O | Dim 28 Sept 2014
Juste pour dire : ce texte appelle une suite, un dénouement qui arrivera mercredi :) En attendant, je vous laisse gamberger à une hypothétique chute :) Faites marcher vos méninges et écrivez ici le fruit de votre imagination !

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