Ad vitam

  • Par styl-o
  • Le Mer 12 Août 2015
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A6d65f14898f1aa38c25c17e3b658418Amélie trépignait sur le parvis. Tout le monde était déjà entré et un brouhaha s'élevait dans l'enceinte de l'église. Ce sera bientôt son tour d'arpenter l'allée centrale, sous les regards braqués sur elle. Elle serra un peu plus fort son bouquet de tulipes contre elle. Ces fleurs, c'était son choix, elle n'en voulait pas d'autres.

 

Ce sera bien vite fini. Dans une heure, le mariage sera célébré et elle pourra ensuite s'étourdir dans les vapeurs d'alcool de l'apéritif. Elle devait être forte. Ne pas faiblir.

Les premières notes de la musique de Mendelssohn retentirent, faisant instantanément taire les invités impatients. Mais pourquoi maintenant ? C'est beaucoup trop tôt !

Elle passa la porte et vit Frédéric au loin, droit et solennel dans son élégante tenue de marié. Comme il était beau ! Son air grave et ému la faisait fondre plus que d'accoutumée. Son coeur battit encore un peu plus fort et elle dut faire un effort pour camoufler les tremblements de ses jambes.

Des flashs retentirent à son passage lorsqu'elle traversa la nef. Elle regardait toutes ces personnes venues exprès pour eux, en ce jour si spécial. Elle voyait des visages souriants, partout. Seul celui de sa mère restait crispé. Elle était la seule à savoir ce qui se jouait ce jour-là. La lèvre d'Amélie frémit en voyant le regard triste de sa mère mais elle détourna vite la tête, afin de ne pas se laisser aller à une émotion inconvenante.

 

Elle se mit à sa place et attendit. La musique cessa au bout de longues minutes et le silence s'installa. Le prêtre prit alors la parole, et ses mots résonnèrent dans l'église recueillie. Il parla de l'amour franc et sincère qui liaient les futurs mariés puis dicta leurs droits et devoirs, l'un envers l'autre. Frédéric semblait heureux. Ses lèvres étiraient un sourire discret et ses pupilles brillaient de toute sa joie contenue. Cela serra encore un peu plus le coeur en miettes d'Amélie. Elle tripotait machinalement les tiges de ses fleurs en serrant les dents. Elle pouvait pleurer après tout, cela passerait sûrement pour une forte émotion tout à fait concevable. Mais elle craignait d'être trahie sur ses véritables sentiments. Elle préféra donc enfouir tout cela bien profondément dans sa chair, créant une nouvelle plaie parmi toutes les autres laissées par le temps.

Elle écouta les discours plutôt gentils des proches et des amis. Ce qu'ils disaient sur Frédéric était vrai : un homme brillant, fidèle et juste dont la bonté n'avait d'égal que la générosité. Elle le reconnaissait bien dans ces paroles. Il n'avait pas changé depuis toutes ces années. Il avait toujours su rester le même. C'était sans doute pour cela qu'elle l'aimait autant.

 

Une nouvelle musique envahit le choeur. Le canon de Pachelbell cette fois-ci. Elle adorait cette musique et se laissa alors envahir par les accords envirants de ce grand classique. Elle ferma les yeux et serra un peu plus fort le bouquet contre elle. Elle repensa à ces dernières années écoulées, faites d'espoirs et de frustrations. Tous ces sentiments contradictoires avaient détruit petit à petit son coeur jusqu'à cette journée qui l'achevait définitivement dans un jeté de riz et de confettis. Elle savait qu'une fois les dernières notes jouées, ils échangeraient leurs consentements mutuels, scellant à jamais une union qu'elle ne voulait pas, qu'elle n'avait jamais voulue.

 

Elle entendit le prêtre demander à Frédéric s'il souhaitait la prendre pour épouse, l'aimer, la chérir, jusqu'à ce que la mort les sépare. Son "oui" retentit comme un coup de feu, la touchant en plein coeur. Elle gémit. Cétait fait. Plus rien ni personne désormais ne pourrait mettre un terme à ça. Le reste de sa vie ne serait pas suffisant pour se reconstruire.

 

Elle jeta un coup d'oeil à sa mère qui essuyait discrétement ses yeux. Cette vision fit tomber les barrières fragiles qu'elle avait maladroitement posées autour de son âme. Telles des coulées d'acide, les larmes ruisselèrent le long de ses joues.

 

Elle tourna la tête au moment du baiser.

 

Elle n'avait pas la force de voir Frédéric embrasser sa meilleure amie, devenue sa nouvelle épouse.

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